--Karadeuk! ce vieux bandit... qui, avec sa bande endiablée, a si longtemps ravagé l'Auvergne et le Limousin!...

--Pillant les burgs et les maisons épiscopales! massacrant les Franks! soulevant les esclaves!...

--Digne exemple, suivi par la bande de Ronan, cet autre chien enragé qui sera supplicié demain...

--On serait ainsi enfin délivré de ce Karadeuk; on le croyait courant ailleurs la Vagrerie; mais on redoutait son retour.

--O glorieux roi! il ne reviendra pas... à moins que ce scélérat ne descende de son gibet... et c'est peu probable; car lorsque je l'y ai vu accroché, son cadavre était à demi déchiqueté par les corbeaux, et il avait les mains et les pieds coupés...

--Es-tu certain d'avoir lu le nom de Karadeuk sur la potence?... Ce serait véritablement une grande délivrance pour le pays...

--Glorieux roi, ce nom, qui n'est pas un nom de nos contrées, m'a frappé; voilà pourquoi je l'ai retenu.

--C'est un nom breton,--dit l'évêque Cautin,--un nom de ce pays hérétique et damné qui, à cette heure, s'opiniâtre à braver l'autorité, les ordres de nos conciles. Ah! Chram, les rois franks n'auront-ils donc jamais le pouvoir ou la volonté de réduire à l'obéissance cette sauvage Armorique? ce foyer d'idolâtrie druidique, la seule province de la Gaule qui ait, jusqu'aujourd'hui, pu résister aux armes du pieux roi Clovis, ton aïeul, et de ses dignes fils et petits fils.

--Évêque, tu en parles fort à ton aise... Plusieurs fois Clovis et les rois franks, mes ancêtres, ont envoyé leurs meilleurs guerriers à la conquête de cette terre maudite, et toujours nos troupes ont été anéanties au milieu des marais, des rochers et des forêts de l'Armorique... Non, ce ne sont pas des hommes, ces Bretons indomptables!... ce sont des démons!... Ah! si toutes les Gaules avaient été peuplées de cette race infernale, rebelle à l'Église catholique, à cette heure, la plus grande partie de la Gaule ne serait pas en notre pouvoir! Mais, qu'as-tu donc, bateleur?

--Moi, glorieux roi?