--Nous allons être vengés,--dit Ronan,--tu vas être vengée, petite Odille.
--Ronan, je ne demande pas pour moi de vengeance; dans la prison je disais au bon ermite laboureur: Si je redevenais libre, je ne rendrais pas le mal pour le mal: n'est-ce pas, Loysik?
--Oui, douce enfant... douce comme le pardon; mais ne craignez rien, notre père ne tuera pas cet homme désarmé.
--Il ne le tuera pas, mon frère? Si, de par le diable! notre père tuera ce Frank, aussi vrai qu'il nous a fait mettre tous deux à la torture, qu'il a accablé de coups cette enfant de quinze ans avant de la violenter... Sang et massacre! pas de pitié!
--Non, Ronan, notre père ne tuera pas un homme sans défense.
--Vous tardez beaucoup à m'égorger, chiens gaulois! qu'attendez-vous donc? Et toi, bateleur, chef de ces bandits! qu'as-tu à me regarder ainsi en silence?
--C'est qu'en te regardant ainsi, Neroweg, je songe au passé... je me souviens...
--De quoi te souviens-tu?
--De ton aïeul...
--Quel aïeul? mes aïeux sont nombreux.