--Crois-nous, Karadeuk, ce lâche a moins peur de l'enfer que de ta hache... Coupons-lui cette crinière, qui ressemble à la queue d'un cheval de montagne... Allons, tondons le comte... le seigneur frank sera tondu...

Neroweg, furieux, se précipita sur le vieux Vagre, le combat s'engagea, terrible, acharné. Loysik, Ronan, l'évêchesse et la petite Odille, pâles, tremblants, suivaient la lutte d'un oeil alarmé; elle ne fut pas longue, la lutte... Le vieux Vagre l'avait dit, la hache ne pesait point à son bras vigoureux, mais elle pesa fort au front de Neroweg, qui, sanglant, roula sur l'herbe, frappé d'un coup mortel...

--Meurs donc!--s'écria Karadeuk avec une joie triomphante;--la race de l'Aigle terrible ne poursuivra plus la race de Joel... Meurs donc, comte Neroweg!

--Hi! hi!... j'ai un fils de ma seconde femme à Soissons... et ma femme Godégisèle est enceinte, chien gaulois!--murmura le Frank avec un éclat de rire sardonique.--Ma race n'est pas éteinte... j'espère qu'elle retrouvera plus d'une fois la tienne pour l'écraser...

Puis il ajouta d'une voix affaiblie, épouvantée:

--Ermite laboureur, donne-moi le paradis... bon patron, évêque Cautin, aie pitié de moi... Oh! l'enfer! l'enfer! les diables!... j'ai peur... l'enfer!...

Et Neroweg expira, la face contractée par une terreur diabolique. Son dernier regard s'arrêta sur les ruines de son burg fumant au loin sur la colline.

Les leudes du comte s'apercevant de sa disparition, durent le croire enseveli sous les décombres du burg, ou enlevé... S'ils l'ont cherché au dehors, ces fidèles, ils auront trouvé le corps du comte vers la lisière de la forêt, mort, la tête fendue d'un coup de hache, étendu au pied d'un arbre dont on avait enlevé la première écorce et sur lequel étaient ces mots tracés avec la pointe d'un poignard:

«Karadeuk le Vagre, descendant du Gaulois Joel, le brenn de la tribu de Karnak, a tué ce COMTE frank, descendant de Neroweg l'Aigle terrible... Vive la vieille Gaule!...»