--Non, Martha; ce jeune homme ne m'a point paru être un colporteur; à son air résolu, on le prendrait plutôt pour un soldat; il porte un long poignard à son côté... tenez, le voici.

--Approche, voyageur; tu as demandé la demeure de Kervan, fils de Jocelyn? Kervan, c'est moi...

--Salut donc à toi et aux tiens, Kervan... Mais qu'as-tu à me regarder ainsi en silence? d'où vient le trouble où je te vois?

--Roselyk, regarde donc ce jeune homme... remarque son front, ses yeux, l'air de sa figure...

--Ah! mon frère! il est d'étranges ressemblances... On croirait voir, vieux de quelques années de plus, notre pauvre frère Karadeuk, lorsqu'il a quitté cette maison.

--Roselyk, cet étranger porte la main à ses yeux; il pleure... Dis, jeune homme, tu es le fils de Karadeuk?

Pour toute réponse, Ronan le Vagre se jeta au cou du frère de son père, et il embrassa non moins tendrement Martha, Roselyk et Yvon... Les larmes séchées, la première émotion apaisée, les premiers mots qui partirent du coeur et des lèvres de Roselyk et de Kervan furent ceux-ci:

--Et notre frère?

--Et Karadeuk?

À cette question, Ronan le Vagre est resté muet; il a baissé la tête, et, de nouveau, ses yeux se sont remplis de larmes... larmes cette fois amères...