Au chant de Ronan le Vagre, d'autres voix répondaient en choeur. Ils étaient là par une douce nuit d'été; ils étaient là une trentaine de Vagres, gais compères, rudes compagnons, vêtus de toutes sortes de façons, au gré des vestiaires des seigneurs franks et des évêques; mais armés jusqu'aux dents, et portant à leur bonnet, en signe de ralliement, une branchette de chêne vert.

Ils arrivent à un carrefour: une route à droite, une route à gauche... Ronan fait halte; une voix s'élève, la voix de Dent-de-Loup... Quel Titan! il a six pieds: le cercle d'une tonne ne lui servirait pas de ceinture.

--Ronan, tu nous as dit: Frères, armez-vous, nous sommes armés... Prenez quelques torches de paille, voici nos torches... Suivez-moi, nous te suivons... Tu t'arrêtes, nous nous arrêtons...

--Dent-de-Loup, je réfléchis... Donc, frères, répondez: Quoi vaut mieux, la femme d'un comte frank ou une évêchesse?

--Une évêchesse sent l'eau bénite, l'évêque bénit... La femme d'un comte sent le vin, son mari s'enivre...

--Dent-de-Loup, c'est le contraire: le prélat rusé boit le vin et laisse l'eau bénite au Frank stupide.

--Ronan a raison.

--Au diable l'eau bénite, et vive le vin!

--Oui, vive le vin de Clermont! dont Luern, le grand chef d'Auvergne au temps jadis[C], faisait remplir des fossés, grands comme des étangs, pour désaltérer les guerriers de sa tribu.

--C'était une coupe digne de toi, Dent-de-Loup... Mais, frères, répondez donc... Quoi vaut mieux? une évêchesse ou la femme d'un comte?