--Tu sais que par ordre de Loysik, deux veilleurs sont chaque nuit de garde à la logette de l'embarcadère du bac...
--Oui.
--Placide et Félibien ont offert à deux de nous qui devaient à leur tour veiller cette nuit dans la logette de les y remplacer, afin de laisser nos frères jouir de la fête.
--Quelles bonnes âmes, que ces tonsurés!
La rivière, qui prenait sa source dans la vallée de Charolles, la traversait dans toute sa longueur; puis, se partageant en deux bras, servait de limites et de défense naturelle au territoire de la colonie. Par prudence, Loysik faisait ramener chaque soir et amarrer sur la rive de la vallée un bac, seul moyen de communication avec les terres qui s'étendaient de l'autre côté du cours d'eau, et appartenaient au diocèse de Châlons. Une logette où veillaient à tour de rôle deux frères de la communauté, était construite près de l'embarcadère de ce bac.
La lune en son plein se réfléchissait dans l'eau limpide de la rivière, fort large en cet endroit, les deux prêtres qui s'étaient fraternellement offerts à remplacer les moines comme veilleurs, allaient et venaient d'un air inquiet à quelques pas de la logette.
--Placide, tu ne vois rien? tu n'entends rien?
--Rien...
--Voilà pourtant la lune déjà haute... il doit être près de minuit, et personne ne paraît...