--Hermanfred,--dit le chef des guerriers en se retournant vers l'un des hommes de sa troupe,--as-tu le trousseau de cordes et les menottes de fer?

--Oui, seigneur Gondowald.


Au monastère, le festin continuait: partout régnait une douce cordialité. À la table où se trouvaient Loysik, Ronan, le Veneur et leur famille, l'entretien continuait, vif, animé; l'on parlait en ce moment des terribles choses qui se passaient, dit-on, dans le sombre palais de la reine Brunehaut. Les heureux habitants de la vallée écoutaient ces sinistres récits avec cette curiosité avide, inquiète et souvent frissonnante, que souvent l'on éprouve à la veillée, lorsqu'au coin d'un foyer paisible l'on entend raconter quelque histoire épouvantable: heureux, humble et ignoré, l'on est certain de ne jamais être jeté au milieu d'aventures effrayantes comme celles dont la narration vous fait frémir, pourtant l'on craint et l'on désire à la fois la continuation du récit.

--Tenez,--disait Ronan,--afin de démêler ce chaos sanglant, puisque nous parlons de ce monstre femelle, qui a nom Brunehaut, et qui règne à cette heure en Bourgogne, rappelons les faits en deux mots: Clotaire, après avoir fait brûler vifs Chram, son fils, sa femme et leurs deux petites filles, est mort depuis cinquante-trois ans, n'est-ce pas?

--Oui, mon père,--reprit Grégor,--puisque nous sommes en l'année 613.

--Ce Clotaire avait laissé quatre fils: Charibert régnait à Paris, Gontran était roi d'Orléans et de Bourges; Sigebert, roi d'Ostrasie, résidait à Metz, et Chilpérik, roi de Neustrie, occupait la demeure royale de Soissons, puisque nos conquérants ont appelé Neustrie et Ostrasie les provinces du nord et de l'est de la Gaule.

--Chilpérik?--reprit le fils de Ronan,--Chilpérik, ce Néron de la Gaule, qui, dit-on, terminait ainsi l'un de ses édits: «Que celui qui n'obéirait pas à cette loi ait les YEUX ARRACHÉS!»

--C'est seulement de celui-là seul et de son frère Sigebert que nous nous occupons... Laissons de côté ses deux autres frères, Charibert et Gontran, tous deux morts sans enfants: le premier en 566, le second en 593; ils se sont montrés les dignes descendants de Clovis, mais il ne s'agit pas d'eux dans ce récit.

--Mon père, l'effrayante histoire qui nous intéresse est celle de Brunehaut et de Frédégonde, puisque ces deux noms, désormais inséparables, sont accolés dans le sang...