Notes F, G: «Il ne faut pas croire (dit M. Guizot dans son Histoire de la civilisation en France, vol. I, p. 398), que les moines aient toujours été des ecclésiastiques, qu'ils aient fait essentiellement partie du clergé... Non-seulement on regarde les moines comme des ecclésiastiques, mais l'on est tenté de les regarder comme les plus ecclésiastiques de tous; c'est là une impression pleine d'erreurs; à leur origine et au moins pendant deux siècles, les moines n'ont pas été des ecclésiastiques, mais de purs laïques réunis sans doute par une croyance religieuse, mais étrangers au clergé proprement dit. Les premiers moines ou ascètes se retirèrent loin du monde et allèrent vivre dans les bois ou la solitude; puis vinrent les ermites, les anachorètes, c'est le second degré de la vie monastique; plus tard les ermites se rapprochèrent, habitèrent et travaillèrent en commun, formèrent les premières communautés et bâtirent des monastères, de là le nom de moines... Beaucoup de moines laïques remuaient le peuple par leurs prédications ou l'édifiaient par le spectacle de leur vie; de jour en jour on les prenait en plus grande admiration, en respect; l'idée s'établissait que c'était là la perfection de la conduite chrétienne; on les proposait pour modèles au clergé, et pourtant c'étaient des laïques, conservant une grande liberté, ne faisant point de voeux, ne contractant point d'engagements religieux; toujours distincts du clergé, souvent même attentifs à s'en séparer.» (Hist. de la civil., vol. I, p. 413.)

Ce passage de Cassien (De instit. Cænob. IX, 17) au moyen suivant, pour ordonner prêtre un moine nommé Paulinien qui refusait cet honneur:

«... Pendant que l'on célébrait la messe dans l'église d'un village qui est près du monastère, à son insu et lorsqu'il ne s'y attendait aucunement, nous avons fait saisir Paulinien par plusieurs diacres; nous lui avons fait tenir la bouche, de peur que, voulant s'échapper, il nous adjurât par le nom du Christ; nous l'avons d'abord ordonné diacre, et nous l'avons sommé d'en remplir l'office au nom de la crainte qu'il avait de Dieu; Paulinien résistait fortement, soutenant qu'il était indigne, et nous avons eu beaucoup de peine à le persuader de remplir l'office, en lui alléguant les ordres de Dieu.»

Voici donc Paulinien diacre, quoi qu'il en eût, obligé de remplir bon gré mal gré son office; mais ce n'était que le premier grade de la prêtrise, il fallait l'ordonner prêtre, ce à quoi saint Épiphanie procéda de la sorte:

«... Lorsque Paulinien a eu rempli les fonctions de diacre dans le saint sacrifice, nous lui avons de nouveau fait tenir les membres et la bouche avec une extrême difficulté, afin de pouvoir l'ordonner prêtre; et au moyen des mêmes raisons que nous lui avions déjà fait valoir, nous l'avons enfin décidé à siéger au rang des prêtres.» (Saint Épiphane, Lettre à Jean, évêque de Jérusalem, liv. II, p. 312.) donne une singulière preuve de l'antagonisme qui exista si longtemps entre les moines laïques et les évêques:

«C'est l'ancien avis des Pères, avis qui persiste toujours, qu'un moine doit à tout prix fuir les femmes et les évêques, car ni les femmes ni les évêques ne permettent au moine qu'ils ont une fois engagé dans leur familiarité, de se reposer en paix dans sa cellule, et d'attacher ses yeux sur la doctrine pure et céleste en contemplant les choses saintes.»

Si beaucoup de moines, séduits par les promesses des évêques, qui redoutaient leur influence et leur popularité, entraient dans le corps du clergé, beaucoup d'autres refusèrent longtemps et si obstinément qu'un évêque de Chypre, saint Épiphane, eut recours.

Note H: Voir divers textes de Ghildes Saxonnes, dans les pièces justificatives relatives aux considérations sur l'Histoire de France (introduction aux récits des temps mérovingiens, par Augustin Thierry, vol. I, p. 1).

CHAPITRE III.

Note A: Voir la note H (chap. I) sur l'établissement et la vie du chef de bande et de ses leudes sur la terre conquise.

Note B: «... Le propriétaire d'un grand domaine, entouré de ses compagnons qui continuaient de vivre auprès de lui, des colons et des esclaves qui cultivaient ses terres, leur rendait la justice en qualité de chef de cette petite société; lui aussi tenait dans son domaine une sorte de mâhl où les causes étaient jugées, tantôt par lui seul, tantôt avec le concours de ses hommes libres.» (Guizot, Des Institutions politiques de la France, p. 179, cit.; Hulmann, Histoire de l'origine des ordres, p. 16-18.)