--Tu dis vrai, Ronan; presque tous les esclaves sont, comme ce malheureux, tombés dans un lâche hébêtement... le mal gagne de jour en jour... Ah! c'en est fait de la vieille Gaule... les Franks lui voleront jusqu'à son nom...
--S'il en est ainsi, moi, Ronan! par la torche de l'incendie! par l'épée du massacre, par l'ivresse de l'orgie! je le jure! je le jure! tant qu'il restera une femme, une tonne, un château, nous, Gaulois déshérités de tout... jusqu'à notre nom! nous danserons à travers les flammes, nous boirons sur des ruines, nous ferons l'amour sur la cendre des palais et des églises!...
Et Ronan se mit à chanter le refrain des Vagres:
«Les Franks nous appellent Hommes errants, Loups, Têtes de loups... Vivons en loups, vivons en joie... l'été, sous la verte feuillée; l'hiver, dans les chaudes cavernes...»
--Allons, Simon, le miracle de l'évêque doit être joué.
--Oui... d'ailleurs je marcherai seul à distance de vous dans le souterrain... Si je vois de loin de la clarté, je viendrai vous avertir.
--Mais cet esclave, qui est là marmottant à genoux ses patenôtres au grand Saint-Loup?
--La foudre tomberait à ses pieds qu'il ne bougerait point... il s'en ira comme il est venu... sur ses deux genoux.
--Allons, vieux Simon, plaignons ce pauvre homme, et surtout pendons l'évêque... Marche, Simon.
--Suis-moi, Ronan.