--Que de fois, dans les champs, il a pris la houe d'un de nos compagnons, épuisé de fatigue, achevant ainsi la tâche du captif, pour lui épargner les coups de fouet du gardien!

--Un jour, pendant que je paissais les brebis de l'évêque, deux s'étaient égarées. L'ermite laboureur a tant cherché, tant cherché, qu'il me les a ramenées; sans lui, j'étais roué de coups au retour.

--Et nos petits enfants, si chétifs, si tristes, hélas! à cet âge où l'on rit souvent, ils ont toujours un sourire pour l'ermite laboureur.

--Oh! dès qu'ils l'aperçoivent, ils courent se pendre à sa robe!

--Aussi malheureux que nous, il aime à faire aux enfants de petits présents... doux présents des pauvres gens, dit-il, et il leur donne quelques fruits des bois... un rayon de miel sauvage... un oiseau tombé de son nid...

--Aimez-vous... aimez-vous en frères, pauvres déshérités,--nous dit-il sans cesse;--l'amour rend le travail moins rude.

--Espérez!--nous dit-il encore;--espérez! le règne des oppresseurs passera en ce monde, et pour eux sur cette terre, viendra l'heure d'un châtiment terrible... alors les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

--Jésus, l'ami des affligés, l'a dit: les fers des esclaves seront brisés... Espoir! pauvres opprimés! Espoir!

--Unissez-vous... aimez-vous... soutenez-vous... fils d'un même Dieu, enfants d'une même patrie!... Désunis, vous ne pourrez rien; unis, vous pourrez tout... Le jour de la délivrance n'est peut-être pas éloigné... Amour, union, patience! attendez l'heure de l'affranchissement comme l'attendaient nos pères.

--Oui, voilà ce que chaque jour l'ermite nous dit...