--Résignation, misère et douleur ici-bas, récompenses éternelles là-haut... sinon, peines effrayantes et éternelles,--s'écrie Cautin,--c'est la loi de l'Église, c'est la loi de Dieu!
--Tais-toi, blasphémateur, tu parles comme ces médecins imposteurs qui disent l'homme né pour la fièvre, la peste, les ulcères, et non pour la santé!
Les femmes et les enfants esclaves, à la vue de la troupe nombreuse et bien armée, avaient eu peur et s'étaient d'abord réfugiés au fond de leurs huttes, mais Ronan s'avançant cria:
--Pauvres femmes! pauvres enfants! ne craignez rien... nous sommes de bons Vagres!
La Vagrerie faisait trembler les Franks et les évêques, mais souvent les pauvres gens la bénissaient; aussi femmes et enfants, d'abord réfugiés, craintifs au fond des tanières, en sortirent, et l'une des esclaves dit à Ronan:
--Est-ce votre chemin que vous cherchez? nous vous servirons de guides.
--Craignez-vous les leudes des seigneurs?--dit une autre.--Il n'en est point passé par ici depuis longtemps; vous pouvez marcher tranquilles.
--Femmes,--reprit Ronan,--vos enfants sont nus; vous et vos maris, travaillant de l'aube au soir, vous êtes à peine couverts de haillons, vous couchez sur une paille pire que celle des porcheries, vous vivez de fèves pourries et d'eau saumâtre.
--Hélas! c'est la vérité... bien misérable est notre vie.
--Et moi, Ronan le Vagre, je vous dis: voilà du linge, des étoffes, des vêtements, des couvertures, des matelas, des sacs de blé, des outres pleines, des provisions de toute sorte. Donnez, mes Vagres... donne, petite Odille, à ces bonnes gens... donne, belle évêchesse en Vagrerie... donnez à ces pauvres femmes, à ces enfants... donnez encore, donnez toujours!