Et l'évêchesse, prenant virilement une épée, comme une Gauloise des siècles passés, courut gaiement à l'ennemi au bras de son Vagre. En passant devant l'évêque elle lui dit:
--Pendant douze ans tu m'as fait maudire la vie... je vais peut-être mourir... je te pardonne...
--Tu me pardonnes, scélérate impudique! lorsque c'est toi qui devrais, le front dans la poussière, me demander grâce pour tes énormités!
Cautin parlait encore que la Vagredine et le Vagre étaient déjà loin.
--Petite Odille, attends-moi; ces Franks tués, je reviens,--dit Ronan à la jeune fille, qui, toute pâle, le retenant de ses deux mains, le regardait de ses grands yeux bleus pleins de larmes.--Ne tremble pas ainsi... pauvre enfant!
--Ronan,--murmura-t-elle en étreignant plus vivement encore le bras du Vagre,--je n'ai plus ni père ni mère; tu m'as délivrée du comte et de l'évêque, tu as bon coeur, tu es plein de compassion pour le pauvre monde, tu me traites avec une douceur de frère; cette nuit, je t'ai vu pour la première fois, et pourtant il me semble qu'il y a déjà longtemps, longtemps que je te connais...
Puis elle saisit les deux mains du Vagre, les baisa et ajouta tout bas, les lèvres palpitantes:
--Et ces Franks, s'ils te tuaient?...
--S'ils me tuaient, petite Odille?...
Se retournant alors vers l'ermite, qu'il désigna du regard à la jeune fille, il ajouta: