--Mes soeurs, mes soeurs! sinistre est le temps où nous vivons!--dit l'évêchesse en déroulant au vent de la nuit sa longue chevelure noire.--Jours de sanglantes fureurs! jours de débauche effrénée: le concubinage, l'adultère, l'inceste sur le trône et sur l'autel!... jours d'ardent vertige, où l'on court au mal avec une joie farouche... Saintes vertus de nos mères! chaste tendresse! fier et pudique amour! où vous trouver aujourd'hui? est-ce chez la femme esclave, violentée par les maîtres de son corps?... Est-ce chez la femme libre? quand sous ses yeux le foyer domestique devient un lupanar? Oh! mes soeurs, mes soeurs! fermons les yeux, vivons vite et mourons jeunes... c'est le bel âge pour mourir... Veux-tu mourir, mon Vagre?
--Quand, ma Vagredine?
--Demain, aux premiers rayons du soleil; demain, à l'heure où les oiseaux s'éveillent, dis, veux-tu mourir? ta main dans la mienne, nous partirons ensemble pour ces mondes inconnus, où nos aïeux, plutôt que de se quitter, s'en allaient vaillamment ensemble pour revivre ensemble!
--Es-tu déjà si lasse d'amour, ma belle évêchesse?
--Mon Vagre, craindrais-tu la mort?
--Je ne crains qu'une chose: la vie sans toi...
--À demain donc... la mort ensemble!
--Et vive l'amour jusqu'à demain! En attendant, un beau baiser, ma Vagredine?
Le Veneur prend le baiser, pendant que son voisin, grave comme un homme entre deux vins, dit d'une voix magistrale:
--Frères, j'ai une idée...