—Hélas! non, pas encore, pauvre femme! Je vous l'ai dit: le tirer de ce souterrain est possible; mais ensuite il faudra sortir de ce maudit couvent... Enfin, nous essayerons.—Et il se remit à écrire ces dernières lignes, aussi lues tout haut par Septimine:—«Il se peut que vous sachiez nager; mais pas d'imprudence! les meilleurs nageurs se noient; réservez vos forces afin de pouvoir aider votre mère à fuir de cette abbaye. Lorsque vous aurez lu ce parchemin, déchirez-le, ainsi que le premier, en petits morceaux, jetez-les dans le coin le plus obscur de votre cachot, car il est possible que l'on vienne vous retirer de ce souterrain avant ce soir.»

—Ô mon Dieu!—dit Rosen-Aër en joignant les mains avec douleur,—nous n'y avions pas songé; ce malheur est possible.

—Hélas! il faut tout prévoir,—reprit le vieillard en terminant d'écrire ce qui suit:—«Ne désespérez pas, et confiez-vous en Hésus, le Dieu de nos pères!»

—Ah!—murmura douloureusement Rosen-Aër,—la foi de ses pères, les enseignements de sa famille! les souffrances de sa race! la haine de l'étranger... il a tout oublié!

—Mais la vue de sa mère lui aura tout rappelé,—répondit le vieillard.—Et il donna une secousse à la cordelle pour avertir Amael; celui-ci répondit de la même manière à ce signal. Alors, Bonaïk, enveloppant la lime dans le parchemin, la lança de l'autre côté du fossé, visant de nouveau avec justesse le soupirail de la cave au fond duquel elle tomba. Amael, après avoir pris connaissance des nouvelles instructions du vieillard, parut derrière les barreaux. Ses regards avides semblaient demander la présence de sa mère.—Il vous cherche des yeux,—dit, sans pouvoir retenir ses larmes, la Coliberte à Rosen-Aër;—ne lui refusez pas cette consolation!

La matrone gauloise soupira, et, s'appuyant sur Septimine, fit deux pas vers la croisée; alors, d'un air solennel et résigné, elle leva un doigt vers le ciel, comme pour dire à son fils de se confier au dieu de ses pères. Amael, à la vue de sa mère et de Septimine, dont la douce image lui était toujours restée présente depuis leur première entrevue au couvent de Saint-Saturnin, joignit ses mains avec force, et ses traits exprimèrent à la fois résignation, respect, reconnaissance.

—Et maintenant, mes enfants,—dit l'orfévre aux jeunes esclaves,—prenez vos limes et sciez les barreaux; moi et l'un de vous, nous allons mettre le creuset sur le brasier, y fondre les métaux. Ricarik peut venir, il faut qu'il nous croie occupés de notre fonte. La porte est fermée en dedans: vous, Rosen-Aër, restez près de l'entrée du caveau, afin de pouvoir vous y cacher dans le cas où ce maudit intendant reviendrait ici, ce qui est peu probable, car, sa tournée du matin finie, nous ne le revoyons, Dieu merci, presque jamais dans la journée; mais la moindre imprudence pourrait nous perdre tous!


La nuit est venue, l'abbesse Méroflède, vêtue de ses habits religieux, est à demi couchée sur le lit de la salle du festin, où, la veille, Amael s'est assis près d'elle: le pâle visage de cette femme est sinistre, pensif. Ricarik, assis devant la table éclairée par un flambeau de cire, vient d'écrire une lettre sous la dictée de l'abbesse:—Madame,—lui dit-il,—vous n'avez plus qu'à apposer votre signature sur cette missive à l'évêque de Nantes.—Et comme Méroflède ne répondait pas, absorbée qu'elle était dans ses pensées, l'intendant reprit d'une voix plus haute:—Madame, j'attends votre signature.

Alors, Méroflède, le front appuyé sur sa main, l'œil fixe, le sein palpitant, dit à l'intendant d'une voix lente et creuse:—Lorsque ce matin tu es allé le revoir dans ce cachot, que t'a-t-il dit?