—Va-t'en au diable!—répondit Ricarik en toussant à s'étrangler et reculant au delà du seuil.—Je suis suffoqué, aveuglé...
—C'est l'effet de la fonte, cher seigneur.—Puis avisant le trousseau de clefs à la ceinture de l'intendant, qui, des deux mains, frottait ses paupières endolories par l'âcreté de la fumée, Bonaïk le saisit à la gorge et s'écria:—À moi, mes enfants, il a les clefs des portes!
À l'appel du vieillard, les apprentis et Amael accoururent, se précipitèrent sur l'intendant, étouffèrent ses cris en lui serrant le cou, pendant que Bonaïk, s'emparant du trousseau de clefs, disait:—J'ai les clefs. Entraînez cet homme dans l'atelier, et jetez-le vite dans le fossé; ce sera plutôt fait. Excusez, cher seigneur Ricarik, c'est la fonte...
Les ordres du vieillard furent exécutés malgré la résistance furieuse du Frank... Bientôt l'on entendit le bruit d'un corps tombant dans l'eau...—Et maintenant,—s'écria le vieillard,—venez tous! suivez-moi et courons. L'abbesse du diable ne peut tarder à arriver avec les bandits qui ont ici droit d'asile.—Le vieillard avait à peine fait quelques pas dans le corridor, lorsqu'il vit au loin s'avancer l'esclave portier tenant une lanterne à la main.—Restez cachés dans l'ombre,—dit tout bas l'orfévre aux fugitifs. Et il alla vivement au-devant du portier qui lui cria:—Eh! vieux Bonaïk, est-ce que l'intendant n'est pas dans ton atelier? Je ne sais à quoi il pense; voilà deux heures que le bateau attend son messager...
—Quel bateau?
—Le bateau que Ricarik a fait préparer. Les rameurs attendent le messager.
—Ils n'attendront pas longtemps, car ce messager, c'est moi.
—Toi?...
—Connais-tu ce trousseau de clefs?
—Ce sont celles que l'intendant porte à sa ceinture.