—Est-ce qu'elle te ressemble?

—Nous ressemblons tous deux à notre mère.

—Tu dois être très-chagrin d'être éloigné de ton pays? Veux-tu que je demande à l'empereur, mon père, de te faire grâce à toi et à ton aïeul?

—Grâce!... Un Breton ne demande jamais grâce!—s'écria fièrement Vortigern.—Moi et mon grand-père nous sommes otages, prisonniers sur parole; nous subirons la loi de la guerre sans demander jamais de grâce.

—Tant mieux! oh! tant mieux!

—Que voulez-vous dire?

—Ton grand-père et toi vous resterez alors longtemps ici.

Un nouveau silence suivit cet entretien; bientôt, ainsi que l'avait prévu Vortigern, l'épais brouillard se changea en une pluie fine et pénétrante.—Voici la pluie,—dit le jeune Breton;—elle va mouiller vos vêtements! c'est à se désespérer! L'on n'entend rien, rien, et l'on dirait cette route sans fin; mais en voilà une à gauche, si nous la prenions?

—Prenons-la,—dit Thétralde avec indifférence, et elle changea la direction de sa haquenée. Vortigern arrêta soudain son cheval, déboucla le ceinturon de son épée, ceinturon et épée qu'il plaça à l'arçon de sa selle, afin de pouvoir se dévêtir de sa saie. Thétralde lui dit:—Que fais-tu donc?

Vortigern, sans répondre, ôta sa saie, restant vêtu d'un justaucorps d'épaisse toile blanche comme ses larges braies.—J'ai consenti à prendre votre écharpe,—dit-il à la fille de l'empereur,—vous allez me laisser vous couvrir de ma saie, en nouant ses manches sous votre cou; elle vous servira de manteau et vous garantira de la pluie.