À la seule pensée de partager ce réduit solitaire avec la jeune fille, Vortigern sentit son cœur tour à tour se serrer et s'épanouir; une chaleur brûlante lui monta au visage et pourtant il frissonnait; mais après un moment d'hésitation, obéissant aux ordres de sa compagne, il attacha son cheval à un arbre, et pour aider la jeune fille qui se penchait vers lui à descendre de sa monture, il lui tendit les bras et y reçut bientôt le corps souple et léger de Thétralde. À ce contact, l'émotion de Vortigern fut si profonde qu'il se sentit presque défaillir; mais la fille de Karl, courant vers la cabane avec une curiosité enfantine, s'écria gaiement:—Il y a dans la hutte un banc de mousse et une provision de bois sec, nous allons faire du feu, il reste encore de la braise. Viens vite, viens vite!
L'adolescent accourait rejoindre sa compagne lorsqu'il trébucha sur un corps rond qui roula sous son pied; il se baissa et vit sur le sol un grand nombre de gousses épineuses tombées des immenses châtaigniers de cette futaie. Cédant à la mobilité des impressions de son âge, il dit vivement:—Grande découverte! des châtaignes! des châtaignes!
—Quel bonheur!—reprit non moins gaiement Thétralde,—nous ferons griller ces châtaignes; je vais les ramasser pendant que tu rallumeras le feu!
Le jeune Breton se rendit d'autant plus volontiers aux désirs de sa compagne, qu'il espérait trouver dans ces jeux un refuge contre les pensées vagues, tumultueuses, ardentes, remplies de charme et d'angoisse auxquelles il se sentait en proie depuis sa rencontre avec Thétralde. Il entra donc dans la hutte, y prit plusieurs brassées de bois sec et raviva le brasier, tandis que la fille de Karl, courant de ci de là, ramassait une grosse provision de châtaignes qu'elle rapporta dans un pan de sa robe. S'asseyant alors sur le banc de mousse placé au fond de la cabane, dont l'intérieur était vivement éclairé par la lueur du feu allumé près du seuil, elle dit à Vortigern, en lui montrant une place à côté d'elle:—Assieds-toi là, et viens m'aider à écosser ces châtaignes.
L'adolescent s'assit auprès de Thétralde luttant avec elle de prestesse, et comme elle se piquant plus d'une fois les doigts pour retirer les fruits mûrs de leur enveloppe, il lui dit en riant:—Voici pourtant la fille de l'empereur des Franks assise dans une hutte de terre, écossant des châtaignes comme la pauvre enfant d'un esclave bûcheron.
—Vortigern, tu me croiras si tu veux,—reprit Thétralde en regardant son compagnon d'un air radieux,—jamais la fille de l'empereur des Franks n'a été plus contente.
—Et moi, Thétralde, je vous jure que depuis que j'ai quitté ma mère, ma sœur et la Bretagne, jamais je n'ai été plus heureux qu'aujourd'hui.
—Ce que tu dis là, tu le penses?
—Oh! oui!
—Et si demain ressemblait à aujourd'hui? et s'il en était ainsi pendant longtemps, bien longtemps... toujours? tu serais content?