—Pour qui? les dons que je leur fais afin qu'ils enseignent aux peuples à vénérer Brunehaut; ces dons m'appauvrissent-ils? n'est-ce pas le superflu de mon superflu? ne vais-je pas rétablir les impôts autrefois décrétés par les empereurs, et remplir ainsi incessamment mes coffres? Les peuples crieront! ils m'appelleront la Romaine! Peu m'importe, si mon fisc atteint à la fois les plus pauvres et les plus riches! et puis que veux-tu, Chrotechilde? Il est du devoir d'une grande reine de payer royalement ceux qui l'amusent... quand ils l'amusent.

—Que trouvez-vous donc, madame, de divertissant chez ces mendiants hypocrites?

—Tiens... prends cette clef, ouvre ce coffret qui est sur la table, et cherches-y un parchemin noué d'un ruban pourpre.

—Le voici.

—Baise-le.

—Allons, madame, vous voulez rire.

—Baise ce parchemin, te dis-je, femme de peu de foi; il est écrit de la main d'un pape... d'un pape vivant, du pieux Grégoire, en un mot.

—Je comprends, mais je ne baiserai point le parchemin, madame, s'il vous plaît... Ainsi le pieux Grégoire, détenteur des clefs du paradis, vous promet de vous ouvrir toutes grandes les portes du séjour éternel?

—N'est-ce pas justice? ne les ai-je pas assez richement dorées les clefs de leur paradis?... Ah! tu me demandes ce que je trouve d'amusant chez ces prêtres que je rémunère royalement? lis tout haut ce que contient ce parchemin; je me sens en gaieté aujourd'hui... Allons, lis.

—Madame, voici: «Grégoire, à Brunehaut, reine des Franks.—La manière dont vous gouvernez le royaume et l'éducation de votre fils attestent les vertus de votre excellence...» Chrotechilde ne put continuer; elle poussa un éclat de rire diabolique en regardant Brunehaut qui fit chorus d'hilarité avec sa confidente; celle-ci reprit se contenant à peine:—Par ma foi, madame, vous avez raison, lire de telles choses écrites de la main du pape, le pieux Grégoire, c'est là un divertissement que l'on ne saurait payer trop cher... Je continue, nous en étions, je crois, madame, à vos vertus...