Vortigern, petit-fils d'Amael, a écrit ce récit de la guerre des Franks contre la Bretagne: laissé pour mort sur les rives de la Scoër, lorsqu'il a repris ses sens, un jour et une nuit s'étaient passés depuis la défaite des Bretons. Quelques druides chrétiens, guidés par Caswallan, qui, blessé, avait cependant échappé au massacre, vinrent sur le champ de bataille recueillir les blessés survivants. Vortigern fut de ce nombre; il apprit que sa sœur Noblède, femme de Morvan, et quelques autres femmes et jeunes filles réfugiées dans l'enceinte fortifiée, s'étaient donné la mort pour se soustraire aux outrages des Franks et à l'esclavage. Vortigern, après que l'abbé Witchaire avait eu quitté la maison de Morvan, afin d'aller annoncer à Louis-le-Pieux le refus des Gaulois armoricains au sujet du tribut qu'il exigeait d'eux, Vortigern était retourné avec sa femme et ses enfants, près de Karnak, pour y moissonner ses champs. La moisson faite, il laissa sa famille dans la maison de ses pères, et alla rejoindre Morvan afin de combattre l'armée de Louis-le-Pieux. Vortigern, à peine guéri de ses blessures, revint à Karnak, où il retrouva sa femme et ses enfants; les Franks n'avaient pas osé pousser leur invasion au delà des vallées de Lokfern, laissant l'Armorique ravagée, dépeuplée de ses plus courageux défenseurs, mais non soumise et n'attendant que le moment de se révolter de nouveau. Vortigern a joint cette légende aux autres récits de sa famille, ainsi que les deux pièces de monnaie karolingiennes, don de Thétralde, une des filles de Karl-le-Grand. Ce jour-ci, 20 novembre de l'année 818, les pieuses reliques de la famille de Joël se composent de la faucille d'or d'Hêna, de la clochette d'airain de Guilhern, du collier de fer de Sylvest, de la croix de Geneviève, de l'alouette de casque de Scanvoch, de la garde de poignard de Ronan le Vagre, de la crosse abbatiale de Bonaïk l'orfévre, et des pièces de monnaie karolingiennes de Vortigern.
FIN DES PIÈCES DE MONNAIE KAROLINGIENNES.
Moi, fils aîné de Vortigern, j'écris ici la date de la mort de mon père. Je l'ai perdu hier, le cinquième jour du mois de février 889.—La Bretagne a vu de tristes temps et notre famille de plus tristes jours encore, par la division de mes deux frères: l'un a quitté notre pays pour s'en aller dans les pays du nord avec les pirates North-mans; le cœur me saigne à ces souvenirs, je n'ai ni le courage ni la volonté d'écrire ici ces lamentables récits; peut-être mon fils aîné, Gomer, aura-t-il un jour ce courage et cette volonté qui me manquent.
FIN DU CINQUIÈME VOLUME.
Les Notes et la Table de ce volume sont renvoyées à la fin du sixième volume.
Paris.—Imprimerie de madame veuve Dondey-Dupré, rue Saint-Louis, 46, au Marais.