—Je suis donc pour vous un ennemi, madame? Voici les morceaux de la lettre écrite de votre main à Aimoin pour lui ordonner de me tuer[K].

Et le duk déposa sur la table plusieurs morceaux de parchemins déchirés; la reine regarda le maire du palais d'un œil défiant.

—Ainsi Aimoin t'a livré ma lettre?

—Non, madame, le hasard a mis en ma possession ces morceaux de parchemin.

—Et pourtant... tu reviens ici?

—Pour vous prouver l'injustice de vos soupçons.

—Ou pour mieux me trahir.

—Madame, si j'avais voulu vous trahir, je me serais rendu, comme tant d'autres seigneurs de Bourgogne, auprès de Clotaire II; je lui aurais donné votre petit-fils en otage, et je serais resté dans le camp de votre ennemi avec les tribus que j'ai ramenées de Germanie.

—Ces tribus me sont dévouées... elles ne t'auraient pas suivi, elles viennent ici pour renforcer mon armée...

—Ces tribus, madame, viennent ici pour piller, peu leur importe que ce soit comme auxiliaires de Brunehaut ou de Clotaire II; pays de Soissons, de Bourgogne ou d'Austrasie, ces Franks n'ont pas de préférence, pourvu qu'après s'être vaillamment battus et avoir aidé à la victoire, ils puissent ravager la contrée vaincue, faire un gros butin, et emmener de nombreux esclaves de l'autre côté du Rhin, tels sont les Franks que je vous ramène.