—Simple... austère, illustre! Sa grande âme se lisait dans ses traits, d'une sérénité grave... Figure auguste que le bronze a reproduite pour la postérité.
—Moine... assez sur sa figure... Quelle fut sa vie?...
—Sa vie fut celle d'une chaste épouse... d'une mère sublime... d'une vaillante Gauloise. Elle ne quittait sa modeste demeure que pour suivre son fils à la guerre ou aux camps. Les soldats l'adoraient; ils l'appelaient leur mère. Elle élevait virilement son fils dans le saint amour de la patrie, et lui donnait l'exemple des plus hautes vertus. Son ambition...
—Cette femme austère était ambitieuse!
—Autant qu'une mère peut l'être pour son fils; elle avait l'ambition de faire de ce fils un grand citoyen, l'ardent désir de le rendre digne d'être un jour élu chef de la Gaule par le peuple et par l'armée.
—Élevé par une mère... si incomparable, il fut élu?
—Citoyens et soldats l'acclamèrent d'une seule voix. En le choisissant, ils glorifiaient encore Victoria... Victoria, sa mâle éducatrice! Ces qualités brillantes qu'ils honoraient en lui, c'était son œuvre à elle! L'élection du fils consacrait l'influence souveraine de la mère... Oh! véritablement souveraine par le courage, le génie, la bonté. Alors commença pour le pays une ère de gloire et de prospérité. S'affranchissant du joug de Rome, la Gaule libre, forte, refoula les Franks hors de ses frontières, et jouit enfin des bienfaits de la paix! Aussi d'un bout à l'autre du territoire un nom était idolâtré! Ce nom! le premier que les mères apprenaient à leurs enfants, après celui de Dieu... Ce nom si populaire, ce nom entouré de tant de vénération, de tant d'amour, c'était celui de Victoria!
—Enfin, moine... cette femme... que dis-je? cette divinité régnait pour son fils!
—Oui... comme la vertu règne sur le monde! Invisible aux yeux, c'est aux cœurs qu'elle se révèle; Victoria la Grande, aussi modeste dans ses goûts que la plus obscure matrone, fuyait l'éclat et les honneurs. Retirée dans son humble maison de Trèves ou de Mayence, elle jouissait de la gloire de son fils, de la prospérité de la Gaule... Mais pour régner en reine... non... non... elle méprisait trop les royautés.
—Et la cause de ce dédain superbe!