Trois jours se sont passés depuis que Brunehaut est tombée au pouvoir de Clotaire II, le soleil de midi commence à décliner. Un homme à longue barbe blanche, vêtu d'un froc brun à capuchon, et monté sur une mule, suit la route par laquelle Brunehaut, accompagnée de son escorte et de la foule, est arrivée au village. Cet homme est Loysik; il a échappé à la mort que lui destinait Brunehaut, oublié par cette reine lorsqu'elle fut obligée de quitter précipitamment Châlons pour marcher à la tête de son armée à la rencontre de Clotaire II; un des jeunes frères de la communauté accompagne à pied le vieux moine et guide sa mule par la bride. Venant à la rencontre du moine, un guerrier, armé de toutes pièces, gravissait au pas de son cheval la route ardue que Loysik descendait au pas de sa mule. Lorsque ce Frank fut à quelques pas du vieillard, celui-ci lui dit:—Vous êtes de la suite du roi Clotaire?
—Oui, saint patron.
—Est-il encore dans le village de Ryonne?
—Jusqu'à ce soir... Je vais faire préparer ses logements sur la route.
—Le duk Roccon n'est-il pas parmi les seigneurs qui accompagnent le roi?
—Oui... Tu le connais?
—Je le connais... la reine Brunehaut a été, dit-on, menée prisonnière au roi Clotaire, qui s'est aussi emparé de ses petits-fils.
—C'est une vieille nouvelle... D'où viens-tu donc?
—Je viens de Châlons, où j'ai appris ces choses par des gens arrivant de l'armée... Qu'est-ce que le roi a fait de sa prisonnière et des enfants?
—Mon cheval a besoin de souffler, après la rude montée de cette côte... Je peux te répondre, saint patron, d'autant mieux qu'il est, dit-on, d'un bon présage d'avoir rencontré un prêtre au commencement de sa route.