—Certes, si vous avez à lui demander une grâce, vous ne pouvez arriver plus à propos; il est très-joyeux... car, vous savez?... Brunehaut...

—Je sais, je ne sais que trop,—se hâta de répondre le vieillard.—Je ne veux pas de grâce de ton roi... je veux justice... Voici une charte octroyée par son aïeul Clotaire Ier; en droit, elle n'a pas besoin d'être confirmée, puisque la concession est absolue; mais l'évêque de Châlons nous inquiète; il élève des prétentions sur les biens du monastère, sur ceux des habitants de la vallée, et par suite, sur leur liberté, biens et liberté garantis par la charte que voici... Nous nous soucierions peu des prétentions de l'évêque, et nous saurions lui résister au besoin par les armes, si la charte était de nouveau confirmée par ton roi, puisqu'en ces temps-ci les droits les plus sacrés ont besoin de confirmation... Veux-tu donc demander à Clotaire, maintenant roi de Bourgogne, d'apposer son sceau sur cette charte octroyée par son aïeul?

—Quoi! mon père en Christ, c'est là toute la faveur que vous sollicitez du roi? Rien de plus facile... Le roi honore trop la mémoire de son glorieux aïeul pour ne pas confirmer une charte octroyée par ce grand prince. Clotaire doit être à cette heure dans sa tente... Attendez-moi ici, mon père en Christ, je reviens.

Pendant la courte absence du seigneur frank, Loysik entendit au dehors le tumulte, les cris de la foule impatiente des guerriers appelant à grands cris Brunehaut. Le duk Roccon reparut bientôt rapportant la charte sur laquelle Clotaire le jeune avait apposé son sceau au-dessous de ces mots fraîchement écrits:

«Nous voulons et ordonnons à tous leudes, duks, comtes et évêques, que ladite charte, signée de notre glorieux aïeul Clotaire, soit maintenue et respectée en tout ce qu'elle contient pour le présent et pour l'avenir, croyant en ceci honorer la mémoire de notre glorieux aïeul. Que ceux qui me succéderont maintiennent donc cette donation inviolablement, en tant qu'ils voudront participer à la vie éternelle, en tant qu'ils voudront être sauvés du feu éternel. Quiconque retranchera quelque chose de cette donation, que le portier du ciel retranche sa part dans le ciel; quiconque y ajoutera quelque chose, que le portier du ciel y ajoute quelque chose.»

Le vieillard haussa imperceptiblement les épaules et dit au duk:

—Qui a écrit ces mots sur cette charte?

—Le saint évêque de Troyes.

—Vous n'aviez pas parlé à votre roi des prétentions de l'évêque de Châlons?

—Je n'ai pas cru cela nécessaire... J'ai dit à Clotaire: Je te prie, moi, ton fidèle, de confirmer cette charte octroyée par ton aïeul en faveur d'un saint homme de Dieu.—«Je n'ai rien à te refuser, a-t-il répondu,»—et il a prié l'évêque d'écrire ce qu'il fallait. Après quoi le roi a apposé son sceau royal au-dessous de l'écriture.