L'enfant regarda de nouveau par la fenêtre et reprit en réfléchissant:—Tu as raison... c'est moins élevé que cela ne me l'avait paru d'abord; mais cette corde, Septimine, comment me la procurer? et puis lorsque je serais en bas... pendant la nuit? que ferais-je?

—Au bas de cette fenêtre vous trouveriez mon père, il vous jetterait sur les épaules la mante à capuchon que je porte habituellement; je ne suis guère plus grande que vous; en croisant bien la mante et rabaissant le capuchon sur votre visage, mon père pourrait, la nuit aidant, vous faire passer pour moi, traverser l'intérieur du couvent, regagner sa loge au dehors; là des amis de votre père vous attendraient avec des chevaux; vous partiriez vite, vous auriez toute la nuit devant vous, et le matin quand on s'apercevrait de votre fuite, il serait trop tard pour courir après vous... Maintenant, répondez, aurez-vous le courage de descendre par cette fenêtre pour regagner votre liberté?

—O Septimine! j'en ai fort envie, mais...

—Mais vous avez peur... Fi! un grand garçon comme vous!

—Et cette corde qui me la donnerait?

—Moi... Répondez: êtes-vous décidé? Il faut-vous hâter, les amis de votre père sont dans les environs... ils viendront durant cette nuit et celle de demain attendre avec les chevaux, non loin des murs du couvent...

—Septimine, j'aurai le courage de descendre...

—Un dernier mot, Chilpérik,—dit la jeune fille d'une voix triste et émue:—Ma mère, mon père et moi nous nous exposons à des peines terribles, à la mort peut-être... en favorisant votre fuite! nous n'avons d'autre intérêt à cela que la pitié que vous nous faites... lorsque l'on a proposé à mon père d'aider à votre évasion, on lui a offert de l'argent; il a refusé, disant: «—Je ne veux d'autre récompense que la satisfaction de contribuer à la délivrance de ce pauvre petit, qui est toujours triste ou pleurant depuis dix-huit mois, et qui périrait ici de chagrin.»

—Oh! sois tranquille; quand je serai roi comme mon père, je te ferai de beaux présents.

—Je n'ai pas besoin de vos présents; vous êtes un enfant très à plaindre; voilà ce qui nous touche, et comme disait mon père, qui sait bien des choses, quoique esclave: «—Ce n'est pas parce que ce pauvre petit est fils de roi qu'il m'intéresse, car, après tout, il est de la race de ces Franks qui nous tiennent en esclavage, nous autres Gaulois, depuis Clovis; non, je veux tâcher de le sauver parce qu'il me fait peine à voir...»—Songez-y, Chilpérik, la moindre indiscrétion de votre part attirerait sur nous de terribles malheurs.