Je trouvai mademoiselle de Maran et M. le duc de Versac, qui devait nous accompagner à l'ambassade.
Je n'ai plus de prétentions; ma première beauté, ma première jeunesse, sont si loin de moi! je ressemble si peu maintenant à ce que j'étais alors, que je puis parler de moi à dix-sept ans comme d'une étrangère; il y a d'ailleurs du courage, de la modestie, de l'humilité, à savoir dire J'étais belle.
Il y a maintenant dix ans de cela environ; j'étais dans toute la fleur de mes jeunes années, coiffée en bandeau, mes cheveux blonds ornés d'une branche de bruyères roses; j'avais une robe de crêpe blanc très-simple, garnie seulement de trois gros bouquets de bruyères naturelles, pareilles à celles de ma coiffure; madame la dauphine avait eu l'extrême bonté de choisir dans les serres de Meudon ces fleurs du Cap, d'une grande rareté, et de les envoyer à mademoiselle de Maran.
J'avais la taille très-mince. M. de Versac me fit, je crois, un compliment sur la rondeur de mon bras, pendant que je mettais mes gants. Quant à mon pied et à ma main, ce sont les seules choses dont je ne puisse pas parler, car ils n'ont pas changé.
Il fallut que mademoiselle de Maran me trouvât bien ainsi, peut-être même trop bien; car, en me voyant, elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils, malgré son habitude de me donner des louanges outrées. Pourtant elle réprima ce premier mouvement et dit à M. de Versac:
—N'est-elle pas toute charmante et belle comme un astre, cette chère enfant?
—Elle a heureusement assez d'esprit pour qu'on ne craigne pas de lui parler de sa beauté,—répondit M. de Versac en souriant.
Mademoiselle de Maran portait, comme toujours, une robe de soie carmélite, et, pour la première fois, je lui vis un bonnet fort simple, orné d'une branche de souci.
J'attendais l'entrée d'Ursule avec inquiétude; elle parut enfin.
Je n'exagère pas en disant que je la reconnus à peine, tant je la trouvais embellie.