Madame Lebœuf se rappela l'histoire du coup de fusil; redoutant quelque dénoûment tragique, elle allait envoyer son garçon de café savoir des nouvelles de MM. Godet, lorsqu'ils parurent.

Ils furent accueillis par un cri général de curiosité:—Hé bien? hé bien?

—Hé bien! nous en avons appris de belles,—répondit M. Godet aîné d'un air sinistre. Alors seulement on s'aperçut que les deux frères étaient pâles comme des spectres. Fallait-il attribuer cette pâleur aux fatigues de la nuit précédente ou aux ressentiments de quelque grand danger? La narration de Godet l'aîné va nous l'apprendre.

Les habitués du café se formèrent en cercle autour de lui; il commença:

—Je n'ai pas besoin de vous dire, messieurs, qu'ayant courageusement voué ma vie à la découverte du ténébreux mystère qui, j'ose l'affirmer, importe à tous les honnêtes gens, il...

Alors, ne dites pas,—fit observer sagement un auditeur.

—Comment?—répondit M. Godet.

—Sans doute,—répondit l'habitué,—vous vous écriez: Je n'ai pas besoin de vous dire!... et puis vous dites tout de même... Alors...

—C'est bon, mais c'est bon,—cria-t-on tout d'une voix.—Vous ne dites que des sottises, monsieur Dumont; continuez donc, monsieur Godet, continuez, nous vous écoutons de toutes nos forces.

—Hier, donc,—reprit M. Godet,—à la nuit tombante, moi et Dieudonné, nous nous embusquâmes aux deux issues de la ruelle, bien décidés à pénétrer ce susdit ténébreux mystère. L'horloge de la paroisse sonna sept heures..., rien; huit heures... rien; neuf heures... rien; dix heures... rien; onze heures... rien.