J'étais d'autant plus accablée par ces différentes pensées, que je ne pouvais les confier à personne. Mon tuteur, M. d'Orbeval, avait rappelé Ursule près de lui pendant quelque temps. Notre séparation, quoiqu'elle dût être de très-courte durée, n'en avait pas été moins pénible. Dans ce moment, surtout, l'absence de ma cousine m'était doublement cruelle.

Lors de mes doutes les plus accablants, je me rassurais pourtant quelquefois en pensant que mademoiselle de Maran n'aurait pas si ouvertement, si particulièrement reçu M. de Lancry, s'il ne lui avait pas fait part de ses vues. Cependant, jamais ma tante ou M. de Versac n'avaient fait la moindre allusion à la possibilité d'un mariage entre moi et M. de Lancry.

Enfin, ces angoisses cessèrent.

Le 15 février, je me rappelle ce jour, cette date, ces circonstances, comme si tout s'était passé hier; le 15 février, j'étais seule dans le salon de ma tante, où j'avais cru la trouver, mais elle était sortie en donnant ordre de dire aux personnes qui pouvaient la demander, qu'elle allait rentrer.

Je lisais les Méditations de Lamartine, lorsque j'entendis la porte du salon s'ouvrir; Servien annonça M. le vicomte de Lancry.

Jamais je ne m'étais trouvée seule avec Gontran, je me sentis dans un embarras mortel.

—On m'a dit, mademoiselle, que madame votre tante allait bientôt rentrer, et qu'elle priait les personnes qui viendraient de vouloir bien l'attendre... Et puis, après avoir hésité un moment, il ajouta d'une voix émue:—Et je ne croyais pas avoir le bonheur de vous trouver ici, mademoiselle; aussi permettez-moi de profiter de cette rare et précieuse occasion pour vous supplier de m'entendre.

—Monsieur... je ne sais... Que pouvez-vous avoir à me dire?—répondis-je en balbutiant, avec un battement de cœur presque douloureux.

Alors, d'une voix tremblante dont je ne pourrai jamais oublier l'accent enchanteur, il me dit:

—Tenez, mademoiselle, laissez-moi vous parler avec la plus entière franchise... et soyez assez bonne pour me promettre de me répondre de même.