—C'était simplement un homme de bien. Il n'a jamais prétendu autre chose, madame,—dit M. de Rochegune d'un ton ferme et sévère qui prouvait qu'il n'était pas dupe des louanges ironiques de mademoiselle de Maran.
Je vis avec plaisir, à la physionomie chagrine de Gontran, qu'il souffrait comme moi d'entendre ma tante parler ainsi. Mais le caractère de mademoiselle de Maran était trop altier pour jamais céder. Elle voulait toujours, comme on dit vulgairement, avoir le dernier mot.
Offrant donc son bras à M. de Lancry, elle dit à M. de Rochegune:—Adieu, monsieur. C'est égal, quoi que vous en disiez, un simple homme de bien n'aurait jamais fait le trait mirifique de la tontine[A]! Oui, monsieur, ce scrupule de tontine—là suffirait pour illustrer une famille... Cent mille écus d'aumônes!... mais c'est-à-dire qu'autrefois il n'y avait que les grands coupables qui se permissent de faire de ces espèces d'amendes honorables.
—Pardon, monsieur,—dit Gontran, en interrompant vivement mademoiselle de Maran.—Ces dames ont quelques visites à faire; je reviendrai voir cette maison si vous le permettez.
—Elle est toute à vos ordres, monsieur,—dit M. de Rochegune en saluant d'un air froid, et contenant à peine l'indignation que les dernières paroles de ma tante lui avaient causée.
Lorsque nous fûmes remontés en voiture, je ne pus m'empêcher de dire à mademoiselle de Maran:
—Ah! madame, vous avez été bien cruelle!
—Comment, bien cruelle?...—s'écria-t-elle en éclatant de rire.—Laissez-moi donc tranquille... Est-ce que vous croyez que je donne dans ces comédies-là?
—Quelles comédies?
—Comment, quelles comédies! Mais tout cela était convenu, arrangé; on nous attendait! Il est évident qu'on avait fait dire à ce M. Duval de venir et de se tenir tout prêt à pousser ses cris reconnaissants; aussi s'est-il mis à crier comme une arche-pie quand il nous a su près de la porte. Ce vieux drôle d'intendant avait sans doute été l'avertir, sous le prétexte de chercher la clef de la bibliothèque.