—Ah!... ah!... ah!...—s'écria ma tante, en m'interrompant par un éclat de rire sardonique.—Ah çà! est-ce que vous voulez me menacer des gens du roi ou des foudres du Vatican, avec votre justice humaine et divine?... Vous ne voyez donc pas que je plaisantais.... C'est tout simple, on est si gai le jour d'un mariage... Je sais bien que vous allez me parler de mes deux larmes... Eh bien! ma chère petite, je vais vous faire une confidence qui pourra vous servir un jour pour attendrir Gontran dans une de ces discussions dont le meilleur ménage n'est pas à l'abri... Voyez-vous, un petit grain de tabac dans chaque œil, et vous pleurerez comme une madeleine. Or, de beaux yeux comme les vôtres sont irrésistibles lorsqu'ils pleurent.

—Mais... madame...

—Ah! j'oubliais, j'ai là quelques objets que, par son testament, votre mère a recommandé de vous remettre le jour de votre mariage, c'est-à-dire quand votre mariage sera conclu. Je voulais vous les donner tout à l'heure... je me ravise... je vous les donnerai ce soir, après la mairie,—dit-elle en se levant et en fermant son secrétaire à clef.

—Ah! madame, accordez-moi au moins cela,—lui dis-je;—vous allez me laisser bien triste, bien effrayée de vos cruelles réticences... Ces dernières preuves de la tendresse de ma mère me consoleront, au moins.

—C'est impossible,—dit mademoiselle de Maran;—la clause du testament est formelle. Une fois mariée, je vous remettrai tout cela... Mais, comment!... cinq heures déjà... et je ne suis pas habillée! laissez-moi... chère petite.

En disant ces mots, ma tante sonna une de ses femmes, qui entra, lui dit qu'on venait d'apporter au salon un meuble pour moi de la part de M. le vicomte de Lancry.

—Allez vite... c'est sans doute votre corbeille,—me dit ma tante; si j'en juge par le goût de Gontran, ça doit être charmant et magnifique à la fois.

Je sortis navrée de chez mademoiselle de Maran.

En songeant à ce secret qu'elle avait voulu me confier une seconde fois, je me rappelai malgré moi ce que m'avait dit la duchesse de Richeville... Et pourtant, je n'avais pas la moindre défiance de Gontran; lui-même n'avait-il pas été au-devant de mes soupçons en m'avouant les torts qu'on pouvait lui reprocher? et puis, d'ailleurs, je l'aimais passionnément. J'avais en lui une foi profonde.

Je ne me sentais si assurée, si charmée de mon avenir que parce qu'il en était chargé. Il en était de même de l'amitié d'Ursule; je la croyais aussi dévouée, aussi sincère que celle que j'éprouvais moi-même pour elle.