—Grâce aux soins actifs de l'amitié de madame de Richeville, de M. de Rochegune et de quelques autres amis, me voici libre, malgré votre impudente audace; nous avons assez de preuves pour vous clouer au pilori de l'opinion publique, et j'y parviendrai.

—C'est ce que nous verrons, monsieur!

—Et vous n'y serez pas seule; j'y attacherai aussi vos complices... ceux qui, par lâcheté, égoïsme ou cupidité, ont servi vos méchants desseins... Entendez-vous, monsieur de Lancry? entendez-vous, monsieur d'Orbeval? entendez-vous, monsieur de Versac?

Une explosion d'indignation accueillit ces paroles de M. de Mortagne; il continua sans se déconcerter:

—Je ne sais pas même, messieurs, si votre conduite n'est pas plus exécrable encore que celle de mademoiselle de Maran... Au moins celle-ci me hait, elle hait sa nièce, et, quoique la haine soit une détestable passion, elle prouve au moins une certaine énergie... Mais vous trois... vous avez lutté de lâcheté, d'égoïsme et de cupidité...

—Continuez, monsieur, continuez,—dit Gontran pâle de rage.

—Il y a eu un jour, sans doute, où vous, monsieur de Versac, vous avez dit à mademoiselle de Maran: Mon neveu est perdu de dettes; c'est un joueur effréné; on ferme les yeux sur le scandale de ses aventures, mais il m'embarrasse; s'il se met dans de mauvaises affaires, par respect humain, je serai obligé de l'en tirer. Votre nièce est fort riche; arrangeons ce mariage-là: les dettes de mon neveu seront payées, et je n'aurai plus à m'en occuper.

—Monsieur,—dit M. de Versac avec une urbanité parfaite,—je vous ferai observer que ce que vous me faites l'honneur de me dire manque complétement d'exactitude, et que...

—Monsieur le duc,—reprit M. de Mortagne,—si vous aviez une fille qui vous fût chère... la donneriez-vous à votre neveu?... Sur l'honneur, répondez.

—Il me semble, monsieur, que nous ne sommes pas dans les termes assez particulièrement familiers pour que je puisse vous faire mes confidences à ce sujet,—dit M. de Versac.