—Ayez pitié d'elle! Vous êtes jeune, tout bon sentiment ne peut pas être éteint dans votre cœur... grâce pour Mathilde, grâce pour tant de candeur, pour tant de confiance, pour tant de générosité! N'abusez pas de votre influence sur elle... vous savez bien que vous ne pouvez pas la rendre heureuse... Est-ce sa fortune que vous convoitez?... eh! monsieur, parlez... je suis riche...
A cette dernière offre, qui était un outrage, Gontran devint pâle de rage.
—Signez... oh! signez, dis-je à M. de Lancry d'une voix défaillante.
—Oui, oui, je signerai,—dit-il avec une fureur contenue.—Ne pas signer serait m'avouer coupable, serait mériter les outrages de cet homme; ne pas signer serait m'avouer indigne de vous... mademoiselle;—et Gontran signa.
—Dites donc que ne pas signer serait renoncer à la fortune que vous convoitez, car vous êtes indigne de comprendre et d'apprécier les qualités de cet ange... Dans deux mois vous la traiterez aussi brutalement que vos maîtresses... si l'on n'y met ordre...
—Gontran,—dis-je tout bas à M. de Lancry,—je suis votre femme, accordez-moi la première chose que je vous demande... pas un mot à M. de Mortagne... je vous en supplie... terminez cette scène qui me tue.
Gontran réfléchit pendant quelques moments et me dit d'un air sombre:
—Soit, Mathilde... vous me demandez beaucoup... je vous l'accorde.
—Le sacrifice est consommé, dit M. de Mortagne;—cela devait être ainsi... Allons, maintenant, courage... plus que jamais il me reste à veiller sur vous, Mathilde... Si je le puis, je dois rendre les suites de votre fatale imprudence moins funestes pour vous... et empêcher les malheurs que je prévois... Soyez tranquille... partout où vous serez... je serai... partout où vous irez... j'irai... Ce monstre—et il montra mademoiselle de Maran—a été votre mauvais génie; je serai, moi, votre génie tutélaire... Et ici je déclare une guerre acharnée, sans merci ni pitié, à tous vos ennemis, quels qu'ils soient... Mes cheveux sont blancs, mon front est ridé, mais Dieu m'a laissé l'énergie du cœur et du dévouement. Hélas! pauvre enfant, je viens bien tard dans votre vie; mais, je l'espère, je ne viens pas trop tard... Adieu, mon enfant, adieu... Je vais signer ce contrat... j'assisterai à votre mariage, c'est mon droit, c'est mon devoir... En ce moment plus que jamais je tiens à remplir ce devoir et ce droit.
En allant à la table, il signa le contrat d'une main ferme. La voix, la figure de M. de Mortagne avaient un tel caractère d'autorité, que personne ne dit mot; lorsqu'il eut signé, il dit: