Je vis les yeux de Gontran étinceler de colère.

Effrayée, je lui pris le bras en lui disant:—Gontran, rappelez-vous votre promesse; mais il me repoussa presque durement en me disant:—C'est bon... je sais ce que j'ai à faire; puis, s'avançant près de M. de Mortagne, il lui dit d'une voix sourde:

—J'ai enduré vos outrages et vos menaces, monsieur... tant que j'ai eu des raisons pour les endurer; ces raisons n'existent plus, et il faudra bien que vous me donniez satisfaction, maintenant que mademoiselle Mathilde est ma femme.

Mademoiselle de Maran prit Gontran par la main; son regard brilla d'une méchanceté infernale! Elle dit à M. de Lancry, en lui montrant M. de Mortagne:

—Désormais monsieur doit être sacré, inviolable à vos yeux, entendez-vous? Quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, vous devez tout endurer de lui.

—Je dois tout endurer!—dit Gontran,—et pourquoi cela?

—Pourquoi cela?...—et mademoiselle de Maran, jetant sur moi et sur M. de Mortagne un regard de vipère, dit avec son affreux sourire:—Vous devez tout endurer de M. de Mortagne, mon pauvre Gontran, par une raison toute simple... c'est qu'on ne peut pas se battre avec le père de sa femme.

M. de Mortagne resta foudroyé... Gontran le regardait avec stupeur. Moi... je fus quelques moments sans comprendre l'épouvantable portée des exécrables paroles de mademoiselle de Maran... Puis, lorsqu'elles traversèrent ma pensée, brûlante comme un trait de feu, je ne pus que m'écrier: O ma mère! et je m'évanouis.

. . . . . . . . . .

Bien des années se sont écoulées depuis cette horrible scène; mon ami, bien des fois j'ai amèrement pleuré en y songeant; maintenant encore je pleure en la retraçant. O ma mère! ma mère, la plus sainte des femmes! ô vous dont l'angélique vertu rayonnait d'un éclat si pur, que le monstre qui causait votre lente agonie n'avait pas même osé tenter de vous calomnier pendant votre vie! ô ma mère! il a fallu que vos cendres fussent depuis longtemps refroidies pour qu'une haine sacrilége osât profaner votre mémoire!