Le soleil commençait à s'abaisser lorsque nous rentrâmes au chalet, déjà presque noyé dans les ombres du soir, tant les arbres qui l'environnaient étaient touffus.
Nous trouvâmes avec plaisir, dans le salon, un feu de pommes de pin bien pétillant, que madame Blondeau nous avait allumé, car les soirées du printemps étaient encore froides. Un charmant petit couvert était mis près de la cheminée.
Gontran m'avoua naïvement qu'il était très-disposé à faire honneur au talent de ma gouvernante: elle s'était surpassée. Notre dîner fut très-gai; nous nous servions nous-mêmes. Je voulais prévenir les désirs de Gontran, lui les miens; de là, de folles discussions dans lesquelles il finissait toujours par céder.
Après dîner, il ouvrit la porte du salon; il y avança un grand fauteuil où je m'assis.
—Voyez donc quelle belle soirée,—me dit-il.
Un clair de lune admirable jetait des flots de lumière argentée sur notre petit jardin et sur la cime des grands arbres qui l'entouraient.
Le silence le plus solennel régnait dans la forêt... Au-dessus de nous les étoiles brillaient dans les profondeurs du firmament; autour de nous les fleurs épandaient leurs parfums.
Gontran s'assit à mes pieds. Son noble et beau visage était tourné vers moi; un pâle rayon de la lune se jouait sur son front et sur ses cheveux. Il tenait une de mes mains dans les siennes et me contemplait avec une sorte d'extase...
Étrange contraste de notre nature! A ce moment, je crois, j'atteignis l'apogée du bonheur: l'homme que j'aimais de toutes les forces de mon âme était à mes pieds. Le calme mystérieux d'une belle nuit ajoutait encore à mes ravissements. A ce moment pourtant, une indéfinissable tristesse s'empara de mon cœur... je pleurai.
Gontran vit mes larmes; bientôt ses yeux se mouillèrent aussi. Je penchai mon front accablé sur le sien, et nos pleurs se confondirent.