Gontran semblait encore plus soucieux que la veille.
La voiture arriva; nous partîmes.
M. de Lancry ne me dit pas un mot de regret sur l'abandon où nous laissions notre retraite à la garde d'un de ses gens; cela me fit mal.
Après quelques moments de silence, Gontran me dit:
—Mathilde, je vous présenterai demain un de mes meilleurs et de mes plus intimes amis, M. Lugarto, qui arrive de Londres. C'est pour lui rendre un service assez important qu'il me demande que je quitte Chantilly. Nous verrons souvent Lugarto; je l'aime beaucoup; je désire que vous l'accueilliez avec bienveillance.
—Quoique M. Lugarto soit cause de notre brusque retour à Paris,—dis-je en souriant à M. de Lancry,—je vous promets d'oublier ce grand grief, et de recevoir votre ami comme vous le désirez. Mais vous ne m'avez jamais parlé de lui?
—J'étais à la fois si distrait et si absorbé par mon amour,—reprit Gontran avec grâce,—qu'il y a bien des choses que je ne vous ai pas dites... J'avais laissé Lugarto à Londres; il est très-paresseux; il écrit rarement, et j'avais trop de charmantes compensations pour m'apercevoir du silence de cet ingrat.
—Mais savez-vous, Gontran, qu'il faut que vous aimiez en effet beaucoup M. Lugarto pour lui faire le sacrifice que vous lui faites... Nous étions si heureux, dans notre retraite!
—Oui, oui, sans doute; mais, de son côté, Lugarto m'a autrefois rendu de très-grands services; je vous conterai cela.
—Oh! alors, mon ami, si vous acquittez une dette de reconnaissance, je ne me plains plus; d'ailleurs j'ai mon projet, et, à mon tour, je vous demanderai une grâce à laquelle je tiens beaucoup.