Après le déjeuner, M. de Lancry me montra la liste des visites de noces qu'il avait fait dresser, et me dit:
—Il est inutile d'y mettre le nom de mademoiselle de Maran, car il est tout simple que nous commencions notre tournée par elle.
Je regardai M. de Lancry avec stupeur.
—Ma tante! Vous n'y pensez pas, mon ami.
—Comment cela?
—Aller chez elle, moi! moi!
—Mais en vérité, Mathilde, je ne vous comprends pas.
—Vous ne me comprenez pas... Ah! Gontran!
—Bon... j'y suis... vous songez encore à cette calomnie insensée contre votre mère? mais nous sommes convenus que c'était de la folie. Il faut prendre les gens pour ce qu'ils sont... Plutôt que de ne calomnier personne, votre tante médirait d'elle-même; c'est une infirmité morale dont il faut avoir autant de pitié que d'une infirmité physique... Vous me regardez d'un air stupéfait... pourtant rien n'est plus simple... Ajouteriez-vous la moindre importance aux propos d'un fou?... Non, sans sans doute, n'est-ce pas? Eh bien, faites comme moi... Oubliez de folles paroles dictées par l'égarement de la haine; la noble mémoire de votre mère est au-dessus de pareilles médisances.
Mon cœur se brisait. D'abord je n'eus pas la force de dire un mot, puis je m'écriai en fondant en larmes, car depuis le matin je les étouffais: