C'était une très-jolie femme, blonde, grande, mince, d'une taille et d'une tournure charmante; ses traits, d'une extrême régularité, avaient presque toujours une expression hautaine, boudeuse ou ennuyée; ordinairement elle fermait à demi ses grands yeux bleus un peu fatigués. Cette habitude, jointe à un port de tête assez impérieux, lui donnait un air plus dédaigneux que véritablement digne..... Polonaise, elle parlait notre langue sans le moindre accent, mais avec une sorte d'indolence et de lenteur presque asiatique. Quoiqu'elle fût d'une superbe élégance, elle se recherchait encore plus dans sa parure que dans sa personne.
A peine fus-je assise auprès de la princesse, que M. Lugarto vint se mettre derrière moi sur une chaise, et me dit familièrement:
—Eh bien! est-ce que vous êtes encore fâchée?... Vous voulez donc la guerre?...—Et, s'adressant à madame de Ksernika en me montrant du regard, il ajouta:
—Princesse, dites-lui donc que je gagne à être connu, et qu'il vaut mieux m'avoir pour ami que pour ennemi.
Je rougis de dépit; je n'osais, de peur de déplaire à Gontran, répondre avec dureté; je gardai le silence.
La princesse reprit de sa voix langoureuse et en regardant avec hauteur M. Lugarto par-dessus son épaule:
—Vous?... Il me serait fort égal de vous avoir pour ami ou pour ennemi, car je ne croirais pas plus à votre amitié que je ne craindrais votre inimitié.
—Allons donc, princesse, vous êtes injuste.
—Non, vous savez que je ne vous gâte pas... moi... je suis peut-être la seule personne qui vous dise vos vérités... Vous devez m'en savoir gré... car je ne me donne pas la peine de les dire à tout le monde. Est-ce que vous ne trouvez pas, madame,—dit la princesse en s'adressant à moi,—qu'il faut faire une espèce de cas des gens pour leur dire ce que le reste du monde n'ose pas leur dire?
—En cela, madame,—répondis-je,—il me semble que l'estime et le mépris se traduisent de la même sorte.