—Dites donc, monsieur Lugarto,—s'écria tout à coup mademoiselle de Maran, tout en travaillant à son tricot, et en interrompant l'un de ces silences qui coupent souvent les conversations;—est-ce que c'est à vous cette voiture où je vous ai rencontré l'autre jour?

—Pour quelle raison me demandez-vous cela?—dit négligemment M. Lugarto.

Mademoiselle de Maran, au lieu de répondre à cette question, en fit une autre. Elle m'avait toujours dit que rien n'était plus impertinent et plus dédaigneux que ce procédé.

—Pourquoi donc alors qu'il y avait des armoiries sur c'te voiture, si elle est à vous?

—Ce sont les miennes, madame,—dit M. Lugarto en rougissant de dépit; car son imperturbable audace était en défaut lorsqu'on attaquait ses ridicules prétentions nobiliaires.

—Est-ce que vous les avez payées bien cher ces armoiries-là?—dit mademoiselle de Maran.

Il y eut un moment de silence très-embarrassant. M. Lugarto serra les lèvres l'une contre l'autre en fronçant le sourcil. Je regardai Gontran. Il ne put s'empêcher d'abord de sourire amèrement; puis, à un regard à la fois colère et suppliant de M. Lugarto, il dit vivement à mademoiselle de Maran:

—A propos d'armoiries, madame, est-ce que vous aurez la bonté de me prêter votre d'Hozier; j'aurais quelques recherches à faire sur une de nos branches collatérales. Mais j'y songe, ne pourriez-vous pas?...

—Laissez-moi donc tranquille avec vos branches collatérales,—reprit mademoiselle de Maran;—vous venez vous jeter à la traverse d'une conversation intéressante! Dites donc, monsieur Lugarto, on vous a joliment volé, si on vous a vendu ces armoiries-là cher... Je parie que c'est une imagination de votre carrossier... Alors, permettez-moi de vous le dire, ça n'a pas de sens commun. Est ce qu'il faut jamais s'en rapporter à ces gens-là pour composer un blason? Puisque vous vouliez vous passer cette fantaisie, il fallait vous adresser mieux.

—Mais, madame,—dit M. Lugarto, en devenant pâle de colère contenue....