Elle baissa les yeux, rougit légèrement, sourit aussi, et fit un petit mouvement d'impatience.

Gontran sembla insister dans sa demande, elle leva les yeux sur lui, rencontra son regard, et, au lieu de l'éviter, il me sembla qu'elle se complaisait à le soutenir; puis, comme si M. de Lancry se fût seulement alors souvenu ou aperçu de ma présence, il fit un brusque mouvement, dit un mot à la princesse en regardant de mon côté, et l'expression de leurs deux physionomies changea à l'instant.

Tout ceci s'était passé en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire; pour la première fois, je connus la jalousie.

Jamais je n'oublierai le coup douloureux, profond, que je ressentis au cœur en voyant la princesse sourire ainsi à Gontran.

Étrange et cruel mystère! cette jalousie envahit soudainement, complétement toutes mes facultés; il me sembla que depuis longtemps j'avais l'habitude de cette souffrance.

En un instant, j'éprouvai ses haines, ses défiances, ses humiliations... Je n'échappai à aucune de ses tortures variées.

Hélas! la jalousie est un de ces sentiments qui débutent par une terrible maturité; comme Minerve, elle naît armée de toutes pièces.

Mon âme se brisa, mes joues se colorèrent d'une rougeur fébrile; Gontran s'avança, il donnait le bras à la princesse. Celle-ci vint à moi d'un air riant et ouvert; je sentis mes larmes prêtes à couler: je ne pus que m'incliner, sans répondre à quelques paroles aimables qu'elle me dit.

—Monsieur de Rochegune, voulez-vous me donner votre bras?—dit madame de Richeville;—vous aurez la bonté de demander ma voiture.

—Vous ici, monsieur de Rochegune? dit Gontran en tendant la main à ce dernier;—je vous croyais en voyage. J'espère que vous n'aurez pas complétement oublié le chemin de votre ancienne maison, et que madame de Lancry et moi nous aurons le plaisir de vous voir souvent.