CHAPITRE VIII.
LE SOUPER.
J'étais atterrée de l'impudence avec laquelle M. Lugarto s'était adressé à moi, et de l'indiscrétion effrontée avec laquelle des femmes de la meilleure et de la plus haute compagnie, dans leur ardeur effrénée pour le plaisir, mendiaient des fêtes à un homme qu'elles devaient mépriser.
La voiture de M. Lugarto avança.
—Il n'y a que vous au monde pour avoir des chevaux pareils,—dit la princesse.
—Ils sont assez chers pour être magnifiques,—dit Gontran;—l'attelage lui coûte quinze mille francs.
Nous partîmes pour le bois de Boulogne; M. de Saint-Prix et mesdames d'Aubeterre suivaient dans une autre voiture.
D'une tristesse morne, j'étais écrasée sous le poids des émotions si violentes de cette journée de fête.
La force factice et fébrile qui m'avait un moment soutenue m'abandonna tout à fait. Je m'étais en vain promis de lutter d'esprit, d'entrain, de gaieté avec la princesse. Sans m'abuser d'un vain orgueil, j'avais vu que je pourrais l'embarrasser, mais je n'eus pas le courage de le tenter.