—Madame Blondeau, je viens de la part de M. de Mortagne savoir des nouvelles de madame la vicomtesse de Lancry...
—Elle est bien souffrante,—dis-je à cet inconnu.—Les médecins craignent une mauvaise nuit.
—Vous ne vous étonnerez pas du mystère avec lequel M. de Mortagne s'informe par moi, son ami, de l'état de madame de Lancry,—ajouta-t-il,—quand vous saurez que dans l'intérêt de votre maîtresse le nom de M. de Mortagne ne doit pas être prononcé chez elle.—Vous ne m'aviez pas caché, madame,—ajouta Blondeau,—la scène cruelle de votre contrat de mariage; il me parut très-simple que M. de Mortagne s'informât de vos nouvelles par un moyen détourné, d'autant plus qu'il n'était pas alors à Paris.
—Où est-il donc? dis-je à Blondeau.
—Cette même personne inconnue ajouta que M. de Mortagne était absent de Paris par suites d'affaires très-importantes qui vous concernaient, et qu'il lui fallait s'entourer du plus grand mystère pour les amener à bien.
—Qu'est-ce que cela signifie?
—Je ne sais pas, madame. Toujours est-il que cet inconnu me dit qu'il ne pouvait me faire ainsi désormais demander à la porte sans provoquer les remarques de vos gens, ce qui eût été fâcheux; que, pour avoir des détails fréquents et précis sur votre santé, il me priait, au nom de M. de Mortagne, de mettre chaque jour une espèce de bulletin sous une grosse pierre à la grille du jardin, du côté des Champs-Élysées, et qu'il viendrait le prendre le soir, cet endroit étant, la nuit, tout à fait désert; que si je pouvais quelquefois venir moi-même, il m'en serait bien reconnaissant au nom de M. de Mortagne, car il pourrait ainsi avoir des nouvelles encore plus détaillées; il ajouta que M. de Mortagne avait bien pensé à envoyer un domestique s'informer de votre santé, ainsi que cela se fait, mais que ce renseignement incomplet ne pouvait satisfaire son inquiétude; il me dit enfin qu'il avait aussi songé à me demander de lui écrire, par la poste, sous un nom supposé, mais que ce moyen était de tous le plus dangereux.
—Et pourquoi si dangereux?
—Je ne sais, madame, il ne s'est pas expliqué davantage; il m'a bien recommandé de vous dire, une fois pour toutes, que si vous aviez, dans un cas grave, à écrire à M. de Mortagne, vous ne remettiez votre lettre qu'à madame de Richeville elle-même, qui la lui ferait parvenir.
—C'est étrange! dis-je à Blondeau.—Et qu'as-tu fait?