Sans les faits précis, évidents, que cet impitoyable curieux avait déjà révélés, Gaston n'aurait pas ajouté la moindre foi à ses paroles; il fut pourtant obligé d'entendre l'histoire du coup de fusil, de la voiture magnifiquement harnachée, de l'uniforme du colonel, et, enfin, de ses sacriléges stations au cimetière du Père-Lachaise.
A travers toutes ces sottises, les jeunes gens furent du moins frappés de l'existence étrange du colonel.
—Enfin, monsieur,—dit Gaston,—j'ai l'honneur de vous le demander pour la vingtième fois, faites-moi la grâce de me dire où demeure cet homme. Tous ces détails sont fort curieux sans doute, mais encore une fois, l'adresse du colonel, son adresse?...
—Suivez-moi, messieurs,—dit Godet en se levant subitement d'un air imposant.
Il ouvrit la porte du café, allongea le doigt, montra à Gaston la petite porte de l'hôtel d'Orbesson, et lui dit:—Voilà, monsieur... la demeure du Vampire, en face... la porte à guichet.
Gaston courut vers la porte sans prononcer une parole.
M. Godet referma la porte, et s'écria en se frottant les mains avec une joie diabolique:
—Ça chauffe, messieurs, ça chauffe; maintenant à nos trous, à nos trous.
Les habitués du café Lebœuf se remirent en observation.
Gaston sonnait avec violence.