Je fus stupéfaite des nouvelles qu'il m'apprit.
Gontran était souffrant; il m'attendait près de Chantilly, dans une maison où devait me conduire l'homme qu'il me dépêchait.
M. de Lancry désirait qu'aussitôt sa lettre reçue je partisse en poste avec Blondeau et Fritz pour venir le rejoindre.
«Il est très-important pour moi,—ajoutait M. de Lancry,—qu'on ignore encore à Paris que vous êtes venue me retrouver. Vous direz donc à vos gens de répondre aux personnes qui viendraient vous demander, que vous êtes partie pour aller passer quelques jours chez madame Sécherin. Vous écrirez aussi dans ce sens à mademoiselle de Maran, à mon oncle de Versac, et aussi à la princesse Ksernika. Je vous en prie, Mathilde, quelque répugnance que vous ayez à écrire à cette dernière personne, l'important est qu'il soit bien constaté dans le monde que vous vous rendez auprès d'Ursule, et non pas auprès de moi. Je vous expliquerai tout ce mystère, qui heureusement ne doit pas durer. Vous pouvez avoir une confiance absolue dans Fritz, que je vous envoie; il vous conduira près de Chantilly: c'est là que je vous attends, bonne et chère Mathilde. Courage! j'espère que de beaux jours nous sont encore réservés.»
Je l'avoue, ma joie de revoir Gontran l'emporta peut-être sur l'inquiétude que me causait sa santé.
Je donnai les ordres nécessaires pour partir à l'instant. Quoiqu'il me répugnât d'interroger un de mes gens, je demandai à Fritz si M. de Lancry était tombé malade pendant son voyage ou à son retour.
—Je ne puis répondre à madame la vicomtesse à ce sujet,—me dit-il.—En arrivant de Paris, M. le vicomte m'a laissé près de Chantilly, dans la maison où il attend madame; il en est parti seul, il y a trois jours; il y est revenu seul ce matin. M. le vicomte semblait fatigué, souffrant; il m'a ordonné de prendre un cabriolet à la poste et de venir chercher madame.
Une folle espérance me passa par le cœur. Je pensai un moment que Gontran m'avait trompée en annonçant la ruine de notre maisonnette, qu'il me ménageait une surprise, et que c'était dans cette retraite que nous devions nous réfugier pour échapper aux méchants bruits du monde.
J'avais tant de religion pour cette adorable phase de ma vie passée, que, par un scrupule exagéré, je ne voulus pas, pour ainsi dire, profaner mon espoir et mes souvenirs chéris en faisant à Fritz la moindre question à ce sujet.
Ainsi que Gontran me l'avait recommandé, j'écrivis à mademoiselle de Maran, à M. de Versac et à madame de Ksernika que j'allais passer quelques jours à la campagne chez Ursule; je donnai chez moi l'ordre de répondre dans le même sens aux personnes qui pourraient venir me voir.