L'obscurité redoubla; quelques larges gouttes de pluie commencèrent à tomber. Je craignais que le bruit de la foudre n'effarouchât les chevaux, qu'un accident imprévu ne retardât mon arrivée près de Gontran.

Du reste, je contemplais avec un calme mélancolique ces signes précurseurs de l'orage.

Hélas! ces grands phénomènes de la nature, si imposants, si terribles qu'ils soient, sont bien moins effrayants que ces sourdes et lâches méchancetés qui bourdonnent autour de nous. Il y a tant de majesté dans cette commotion des éléments, que l'âme s'élève au-dessus de la peur et ne songe qu'à religieusement admirer la magnificence de cette lutte.

Ces pensées me donnèrent de nouvelles forces, d'ailleurs j'allais retrouver M. de Lancry; il n'était que souffrant, me disait-il; je comptais sur mes soins, sur le repos, pour le guérir.

J'avais fini par me persuader qu'il m'attendait, soit dans notre ancienne demeure, soit dans une nouvelle maison, et que nous devions vivre ainsi quelque temps dans l'isolement.

Je regardais cet événement si désiré comme la récompense de mon dévouement pour Gontran; je remerciai Dieu de m'avoir si bien inspirée. J'avais une telle confiance dans la force de mes sentiments, que je ne doutais plus du bonheur de mon mari, désormais livré à la seule influence de mon amour.

Peu de temps avant que d'arriver à la descente de Luzarches, qu'on avait signalée comme dangereux, ma voiture s'arrêta un moment au haut d'une côte que nous venions de gravir, il fallait enrayer.

J'entendis d'abord dans le lointain le bruit du galop d'un cheval qui se rapprochait de plus en plus. Je me penchai machinalement à la portière; peu d'instants après, un cavalier, accourant à toute bride, s'écria d'une voix haletante en s'adressant à Fritz:

—Vous êtes poursuivis; ils sont si pressés qu'ils ont doublé la poste d'Écouen... Je n'ai pas un quart d'heure d'avance sur eux; ils montent la côte; je vais là-bas prévenir que...

Je ne pus entendre le reste de sa phrase; il poursuivit sa route à bride abattue...