—Je vais vite t'envoyer ta femme de chambre,—me dit Ursule;—madame Sécherin soupe exactement à huit heures. Oui, elle soupe, car rien n'a pu lui faire changer ses habitudes gothiques; et elle aurait assez peu d'usage pour se mettre à table sans toi, si tu n'étais pas prête.
—Et j'en serais désolée, ma bonne Ursule, car ta belle-mère verrait peut-être un manque d'égards de ma part dans mon inexactitude; et, tu le sais, je ne trouve rien de plus respectable que les habitudes de famille.
Ursule sortit; ses craintes, ses remarques me chagrinèrent pour elle.
Elle semblait presque humiliée, pour ne pas dire dépitée, de la simplicité de sa réception, et l'on eût dit qu'elle songeait plus encore à sa vanité qu'à moi-même.
Maintenant je me souviens que ma cousine, tout en me protestant de sa joie, du bonheur qu'elle avait à me revoir, me parut contrariée de ma venue; d'abord j'attribuai sa contrainte aux puérils motifs que j'ai dits. Je devais bientôt savoir la véritable et misérable cause de son embarras.
Je m'habillai très-vite et le plus simplement possible.
Ursule frappa à ma porte.
—Tu excuseras ma belle-mère de n'être pas venue te voir, mais elle marche difficilement, et il lui aurait été très-pénible de monter l'escalier. Mon mari arrive à l'instant de la fabrique, il va nous rejoindre au salon.
—Descendons vite, car je suis décidée à faire la conquête de ta belle-mère,—dis-je en riant à Ursule.
—Oh! tu auras bien de la peine. J'ai eu beau lui rappeler ton rang, la position de ton mari, lui parler de votre élégance, de votre richesse; elle ne m'a pas parue disposée à faire plus de frais pour toi qu'elle n'en fait pour une bourgeoise de notre sous-préfecture. Tu excuseras ce manque d'éducation, n'est-ce pas?