Je fus à l'instant persuadée qu'Ursule était prévenue contre sa belle-mère, ou qu'elle la jugeait mal.

Ce qui me prouva surtout que madame Sécherin n'était pas une femme vulgaire, c'est qu'elle m'accueillit avec une dignité affable et sans aucun embarras.

Lorsque j'entrai elle se leva péniblement en s'appuyant sur les bras de sa bergère, me fit un salut affectueux et me dit:

—Vous êtes bien bonne, madame, d'être venue voir ma bru: nous ferons ce que nous pourrons, mon fils et moi, pour que vous vous plaisiez ici.

—Comment ne m'y plairais-je pas, madame? je suis avec une sœur que j'aime et dont j'estime beaucoup le mari, et vous m'accueillez avec une cordialité qui me fait espérer davantage encore.

—Je me sens très-disposée à vous aimer; mon fils m'a dit que vous étiez une brave et honnête dame: les braves gens aiment les braves gens; j'espère que vous serez contente avec nous.

—Je n'en doute pas, madame.

—Nous sommes sans façon,—dit madame Sécherin en se remettant à son rouet;—nous vivons à l'ancienne mode... comme du temps de mon mari. Je n'aurais pas pu changer des habitudes qui ont été les siennes pendant tant d'années.

—Je comprends cette religion des souvenirs, madame, et je l'admire; ainsi l'absence d'un être aimé se sent encore davantage... il n'y a rien d'amer dans ces regrets; ils sont adoucis par l'espérance d'être un jour réunis à ceux que nous pleurons.

Madame Sécherin me regarda pendant un instant avec intérêt et me dit:—Les bons cœurs entendent les bons cœurs;—puis elle soupira, garda quelques moments le silence, et reprit, comme si elle eût voulu changer le cours de ses pensées: