Celui-ci avait paru néanmoins réfléchir aux paroles d'Ursule; aussi me dit-il d'un air confus, presque triste:
—Après tout, ma femme a peut-être raison... Sans doute j'ai eu tort, ma cousine... Excusez-moi, mais j'étais si heureux de vous revoir que je n'ai pas réfléchi si c'était l'usage ou non de vous embrasser...
—J'ai bien envie, mon cher cousin, de vous prier de recommencer pour apprendre à Ursule à ne plus vous gronder injustement.
—Vrai?... Vous n'êtes pas fâchée?—s'écria M. Sécherin, dont la figure s'épanouit aussitôt.
—En ai-je l'air?—lui dis-je.
—Êtes-vous bonne, mon Dieu! êtes-vous bonne! Tenez, juste comme votre excellente tante, madedemoiselle de Maran.... Et à propos, comment se porte-t-elle, cette excellente dame?
—Mais fort bien,—dis-je assez embarrassée en échangeant un regard avec Ursule.
—Ah! maman,—reprit M. Sécherin avec exaltation,—vous n'avez pas d'idée quelle bonne femme ça est que mademoiselle Maran, la tante de madame de Lancry! Elle est unie comme bonjour... Enfin, pour tout dire, elle vous ressemble comme deux gouttes d'eau pour le caractère; maman, en cela, c'est tout votre portrait.
—Tu me l'as toujours dit, mon fils... et je te crois.
—Et je le dirai toujours. Tenez, madame de Lancry peut vous l'affirmer. La première fois qu'elle m'a vu, mademoiselle de Maran m'a tout de suite parlé comme vous m'auriez parlé vous-même, maman; elle m'a fait des remontrances, elle m'a même un peu sermonné, parce que je disais des choses que je ne devais pas dire... Et c'est si rare, cette franchise-là... N'est-ce pas, maman?