Après quelques phrases insignifiantes, je lui dis:
—Il faut que je te gronde, ma sœur. Tu n'es pas raisonnable: tu m'avais promis de faire pour ainsi dire l'éducation de ton mari, de le façonner un peu; avec quelques mots gracieux et tendres, tu en obtiendrais tout. Car j'en suis sûre, moi qui n'ai aucune influence sur lui, en quelques jours je le changerai beaucoup à son avantage.
—Tu es habituée aux miracles. N'as-tu pas ensorcelé ma belle-mère? Mon mari m'a dit ce matin qu'elle raffolait de toi.
—En admettant ce triomphe, tu le vois, est-ce donc si difficile de se faire aimer?
—Ce n'est pas difficile, ma chère Mathilde... C'est ennuyeux; je n'éprouve pas le besoin d'être aimée de madame Sécherin.
—Écoute, Ursule, crois-moi, tu te méprends sur le caractère, sur l'esprit de ta belle-mère.
—Tu lui trouves l'air grande dame.. Tu vas maintenant lui découvrir du génie,—dit Ursule en souriant avec ironie.
—Du génie? non, mais beaucoup de pénétration. Continuellement elle observe.
—Que peut-elle observer? Je ne la crains pas.
—Je le crois... Néanmoins pourquoi ne pas la ménager?