J'ajouterai,—en m'inspirant un peu de l'esprit et du langage de mademoiselle de Maran,—que M. Chopinelle joignait à ces dehors du beau Léandre des rengorgements de satisfaction jubilante, doucement contenue par une sorte de réserve officielle, de morgue administrative qui faisait de M. le sous-préfet l'idéal de la sottise dans la suffisance et de la vulgarité dans l'insuffisance.

J'échangeai un malin sourire avec ma cousine.

Elle répondit par un salut très-froid aux bruyantes et familières démonstrations de M. Chopinelle.

Il me sembla qu'il était entré dans le salon en véritable vainqueur, en ami intime impatiemment attendu.

Il restait comme ébahi de l'accueil glacial d'Ursule.

Tout à coup M. Chopinelle réfléchit, et s'aperçut sans doute que ces airs conquérants devaient être souverainement déplacés devant une étrangère. Il sourit d'un air capable, et son regard semblait dire à Ursule:—«Soyez tranquille, ne craignez rien; je ne vais pas vous compromettre; je dissimulerai parfaitement notre intelligence.»

Ce manége de fatuité insolente et ridicule me révolta; alors je ne supposais pas un moment que la conduite de ma cousine eût en rien autorisé les impertinentes affectations de M. Chopinelle.

—Qu'y a-t-il de nouveau à Rouvray, monsieur Chopinelle?—lui dit Ursule en continuant de travailler à sa tapisserie.

—Rien de très-important, madame, si ce n'est administrativement;—et il ajouta, d'un ton important et mystérieux:—On parle d'une dissolution. Ma correspondance m'a absorbé et m'a empêché de venir faire hier la partie de notre gros Tourangeau... Que voulez-vous?... avant d'être aimable il faut être fonctionnaire...

Je regardai Ursule. Elle haussa les épaules.