Il s'aperçut qu'elle n'était pas de mon goût, et se retourna vers Ursule.
—Monsieur,—lui répondit-elle sèchement,—ce que vous dites de la mère de mon mari me semble parfaitement déplacé.
L'étonnement de M. Chopinelle redoubla.
—Ah çà! vous avez donc quelque chose contre moi, que vous m'accueillez de la sorte? On dirait que je suis un étranger pour vous,—dit-il avec un certain dépit.
—En vérité, monsieur, je ne sais pas ce que vous voulez dire. Parlons, si vous le voulez bien, de la route vicinale que vous nous promettez sans cesse,—reprit Ursule avec le plus grand sang-froid.
M. Chopinelle sembla piqué au vif; voulant sans doute justifier le langage familier qu'il affectait à l'égard de ma cousine, il s'oublia jusqu'à dire:
—Je ne sais si c'est la présence de madame qui vous intimide ainsi; mais, ordinairement, avouez-le vous me traitez moins cérémonieusement, madame. Je ne suis donc plus l'ami de la maison?... Bien... bien... je me plaindrai à ce cher Sécherin, je vous en avertis.
Si je n'avais pas eu en Ursule une confiance aveugle, insensée, la mauvaise humeur de cet homme, d'ailleurs infiniment mal élevé, m'eût donné beaucoup à penser.
Mais je ne vis dans M. Chopinelle qu'un fat ridicule qui voulait à mes yeux abuser d'une apparence d'intimité que la vie de la campagne autorise, pour me faire croire qu'Ursule le voyait avec un certain intérêt.
C'est pour donner une idée de la sottise de ce personnage que j'ai cité quelques mots de sa conversation, qui ne fut qu'un fastidieux mélange de lieux communs et de prétentions insupportables.