Si j'avais pu conserver le moindre soupçon, ces dernières paroles de M. Chopinelle, son émotion, eussent suffi pour m'éclairer.

Ma cousine nous regarda tous deux avec les marques du plus grand étonnement, se mit à rire et me dit:

—Ah çà! entre nous, ma bonne Mathilde, parles-tu sérieusement? à qui donc en as-tu avec ta terrible leçon? Pourquoi me dis-tu cela? quel rapport ont ces terribles paroles avec une innocente surprise qui a failli être découverte? ne dirait-on pas qu'il s'agit de quelque chose de grave? ne vas-tu pas croire, comme ma belle-mère, qu'il s'agit d'une déclaration d'amour?—ajouta-t-elle en riant aux éclats.

Cette assurance railleuse et effrontée m'effrayait et me rendait muette.

Le sous préfet, non moins stupéfait que moi, me regard, et s'écria sottement:

—C'est étonnant... c'est à ne pas croire ce qu'on entend. Ah! quelle femme!

Ursule redoubla d'éclats de rire et dit:

—Et vous aussi, M. Chopinelle? Vous vous troublez... vous pâlissez... vous vous extasiez sur ma présence d'esprit qui a empêché, dites-vous, que tout ne fût découvert? En vérité, je suis désolée des émotions que je vous ai causées en vous chargeant de cette pauvre commission. Mais savez-vous que vous êtes fort peu adroit?—ajouta-t-elle avec un sourire méprisant,—mais savez-vous que votre air empêtré, effaré, aurait suffi pour donner une apparence de vraisemblance aux soupçons de ma belle-mère... Pour un futur homme d'état, vous êtes bien peu maître de vous... et à propos d'une niaiserie encore... Que serait-il donc arrivé, je vous le demande, s'il s'était agi de quelque chose de sérieux? Je doute fort que vous fassiez votre chemin dans la politique, mon pauvre monsieur Chopinelle.

—Comment,—m'écriai-je malgré moi, indignée de tant d'audace,—si ton mari eût ouvert cette lettre!

—Il savait quel était le cadeau que je voulais lui donner pour sa fête; notre surprise était manquée, voilà tout...